

Comme l’avaient indiqué les personnes qui avaient bloqué hier les trois cathédrales de Tchernigov, dont celle du monastère, une commission du ministère de la Culture est arrivée de Kiev, menée par Maryana Tomin, qui avait déjà dirigé la mise sous scellés des bâtiments de la laure supérieure des Grottes de Kiev. La commission a inspecté les lieux et a déclaré que l’état des cathédrales n’était pas satisfaisant et qu’il fallait donc les fermer pour procéder à une conservation urgente, ce qui implique qu’il ne peut plus y avoir aucun office religieux. Les serrures ont aussitôt été remplacées, et des hommes armés « protègent » les sanctuaires. Le ministère de la Culture ne cache pas que son seul objectif est de retirer ses lieux de culte historiques à l’Eglise orthodoxe ukrainienne, en l’occurrence « le transfert des biens immobiliers de la réserve nationale architecturale et historique de Tchernigov appartenant à l’Etat, de la part d’utilisateurs temporaires »… (depuis le XIIe siècle).
Quant aux personnes en tenue de camouflage qui avaient bloqué le monastère, c’étaient des agents du SBU, venus pour « empêcher qu’il ne soit utilisé comme une cellule du monde russe ». Concrètement, il fallait vérifier qu’il ne soit pas utilisé « pour abriter des groupes de sabotage et de renseignement, des citoyens étrangers, pour stocker des armes et des objets interdits », et « contrôler les personnes impliquées dans des activités illégales au détriment de la souveraineté de l’État ukrainien ». Mais, bizarrement, il n’y en avait pas. Bien sûr, les agents ont précisé, comme toujours, que « dans ses activités, le SBU adhère au principe d’impartialité à l’égard des activités de toute confession religieuse ».
*
Le SBU, « service de sécurité de l’Ukraine », a publié mercredi une déclaration qui contient essentiellement ses statistiques sur sa persécution de l’Eglise orthodoxe ukrainienne. Il a dénoncé à la justice plus de 68 clercs, dont 14 métropolites, accusés de travailler pour la Russie, voire même de vendre des armes et de la pédopornographie. Il recense « 20 faits de trahison, collaboration, et complicité avec le pays agresseur ». Quelque 19 clercs, dont plusieurs métropolites, qui avaient un passeport russe, ont été déchus de leur citoyenneté ukrainienne.
Il conclut : « Le SBU opère exclusivement dans le cadre de la Constitution de l’Ukraine et de la législation en vigueur, et il respecte les droits de chaque citoyen à la liberté de choisir sa religion et sa vision du monde. Mais pas un seul complice de l’ennemi ou élément criminel ne pourra se cacher de la justice derrière une soutane pour des crimes contre l’Ukraine. »
*
Lors de la réunion de l’OSCE sur les droits de l’homme, qui s’est tenue hier et aujourd’hui à Varsovie, le chef de l’organisation de défense des droits de l’homme auprès du Conseil économique et social de l’ONU, Oleg Denisov, a relaté longuement les violations des droits des croyants de l’Eglise orthodoxe ukrainienne dans tous les domaines. Il a souligné que les poursuites contre les prêtres et les évêques pour des propos qu’ils auraient tenus ressemblent à une décision politique, car il n’y a aucune poursuite contre ceux qui profèrent des propos agressifs et des appels à la violence contre les fidèles orthodoxes.
« Notre seule organisation entre 2017 et 2021 a envoyé aux forces de l’ordre plusieurs dizaines de demandes d’ouverture de procédures pénales sur de telles déclarations, et si vous prenez l’ensemble de l’Eglise orthodoxe ukrainienne vous pouvez trouver des centaines de déclarations de croyants de cette confession sur les crimes commis contre eux en vertu de l’article 161 du Code pénal de l’Ukraine… et c’est cet article qui apparaît dans les accusations portées contre les évêques… »