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Rééducation

L’ordre des obstétriciennes de Lombardie ayant officiellement soutenu la gay pride de Milan, 64 sages-femmes ont envoyé une lettre à la direction de l’organisation, rappelant que « l’Ordre doit garantir aux adhérentes une conduite apolitique et non-partisane, qu’il ne doit être associé à aucune initiative organisée par des mouvements, partis, lobbies ou associés à une quelconque idéologie, pour protéger autonomie et indépendance ».

En réponse, la présidente de l’Ordre les a convoquées, pour leur demander de suivre des cours de l’Institut supérieur de santé : « La population transgenre : de la santé au droit », et « Les personnes intersexe : entre santé et droit ».

Et de 14

L’Etat de Puebla au Mexique a voté par 29 voix contre 7 la dépénalisation de l’avortement jusqu’à 12 semaines de grossesse.

C’est le 14e Etat mexicain (sur 32) à le faire, suite à la décision de la Cour suprême qui en septembre 2023 avait jugé à l’unanimité « inconstitutionnel le système juridique qui pénalise l’avortement dans le Code pénal fédéral, parce qu’il viole les droits des femmes et des personnes en capacité de gestation » (sic).

On constate qu’il y a encore des Etats qui traînent les pieds.

« Religion de fous »

Renaissance catholique a tenu son université d’été, comme les deux années précédentes, dans un village de Touraine. Mais cette année, conformément aux oukases romains, l’évêque a interdit la messe dans l’église du village. Le maire n’en revenait pas : « La commune finit de payer l’an prochain les travaux de l’église et l’évêque interdit la messe dans l’église. Vous êtes une religion de fous ! » Alors le maire a prêté une salle municipale pour la messe…

JD Vance

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Il aura tout juste 40 ans quand il deviendra sans doute, à la fin de cette année, le vice-président des Etats-Unis. En choisissant JD Vance pour ce poste, Donald Trump fait de lui aussi son héritier, en tout cas l’homme clef du parti républicain pour les années à venir.

La réussite du personnage est un roman américain, et du reste il en a fait un livre à succès, une des meilleures ventes deux années de suite : « Plouc élégie », devenu film sur Netflix. L’histoire d’un gamin pauvre, fils d’une femme droguée deux fois divorcée dans un bled de la Rust Belt, la « ceinture rouillée » d’une région désindustrialisée, décoré en Irak puis diplômé de l’université de l’Ohio, puis de Yale, sénateur de l’Ohio depuis l’an dernier. « Populiste d’extrême droite », il est devenu catholique en 2019 sous le patronage de saint Augustin, il est pro-vie, il considère que le mariage c’est entre un homme et une femme (il est lui-même marié et a trois enfants), et il a proposé au Sénat une loi interdisant des « transitions de genre » pour les mineurs.

Je dois dire que je ne le connaissais pas, et surtout que je ne connaissais pas son discours du 23 avril devant le Sénat contre l’aide américaine à l’Ukraine. Il y a l’inévitable (petit) couplet pour Israël, mais en dehors de cela tout est remarquable, et il est particulièrement remarquable de voir un politicien américain dénoncer la guerre en Irak sans oublier d’évoquer la tragédie pour les chrétiens, et de dénoncer le soutien des Etats-Unis au gouvernement ukrainien sans oublier d’évoquer la persécution de l’Eglise orthodoxe ukrainienne…

A court terme, le choix de Trump manifeste clairement que lorsqu’il sera président c’en sera fini de l’aide au régime de Kiev, donc que c’en sera fini de cette guerre.

Voici l’essentiel de son discours du 23 avril.

Il existe une autre analogie historique qui mérite qu’on s’y arrête : le début des années 2000. En 2003, j’étais en dernière année de lycée et j’occupais à l’époque une position politique. J’ai cru à la propagande de l’administration de George W. Bush selon laquelle nous devions envahir l’Irak, qu’il s’agissait d’une guerre pour la liberté et la démocratie, que ceux qui apaisaient Saddam Hussein invitaient à un conflit régional plus large. Cela vous rappelle-t-il quelque chose que nous entendons aujourd’hui ?

Ce sont exactement les mêmes discours, vingt ans plus tard, avec des noms différents. Mais avons-nous appris quelque chose au cours des vingt dernières années ? Non, je ne pense pas. Nous avons appris qu’en nous frappant la poitrine au lieu de nous engager dans la diplomatie, nous obtiendrons en quelque sorte de bons résultats. Ce n’est pas vrai. Nous avons appris qu’en parlant sans cesse de la Seconde Guerre mondiale, nous pouvons intimider les gens, les amener à ignorer leurs impulsions morales fondamentales et conduire le pays tout droit vers un conflit catastrophique.

L’une des grandes ironies de ma présence au Sénat au cours des 18 derniers mois est que de nombreuses personnes m’ont accusé d’être un larbin de Vladimir Poutine. Je m’inscris en faux contre cette affirmation car, en 2003, j’ai effectivement commis l’erreur de soutenir la guerre en Irak. Quelques mois plus tard, je me suis également engagé dans le corps des Marines, l’un des deux enfants de mon quartier de la rue McKinley à Middletown, Ohio, à s’engager dans les Marines cette année-là.

J’ai servi mon pays honorablement et j’ai vu, lorsque je suis allé en Irak, qu’on m’avait menti, que les promesses des responsables de la politique étrangère de ce pays n’étaient qu’une vaste plaisanterie. Il y a quelques jours, nous avons vu nos amis de la Chambre des représentants brandir des drapeaux ukrainiens sur le floor de la Chambre : j’aimerais les voir brandir le drapeau américain avec autant d’enthousiasme. Je ne me plaindrai pas du fait qu’il s’agissait d’une violation des règles de la Chambre, même si c’était certainement le cas.

Mais cela m’a rappelé — et je crois que c’était en 2005 — que dans ce même hémicycle, les députés levaient leurs doigts tachés d’encre violette pour commémorer les incroyables élections irakiennes de 2005. J’étais en Irak lors du référendum constitutionnel d’octobre 2005 et des élections parlementaires de décembre. Je me souviens des Irakiens qui votaient avec joie, en levant le doigt en l’air.

Ce que je veux dire, ce n’est pas que le peuple irakien était mauvais ou qu’il était mauvais parce qu’il a voté, c’est que l’obsession du moralisme — la démocratie, c’est bien ; Saddam Hussein, c’est mal ; l’Amérique, c’est bien ; la tyrannie, c’est mal — n’est pas une façon de mener une politique étrangère, parce qu’on se retrouve alors avec des gens qui agitent leurs doigts sur le parquet de la Chambre des représentants des États-Unis, même s’ils ont conduit leur pays au désastre.

Et je dis cela en tant que fier républicain. Je le dis en tant que personne qui soutient des collègues républicains qui sont d’accord ou non avec moi sur cette question. Cela a peut-être été la période la plus honteuse de l’histoire du Parti républicain de ces quarante dernières années que d’avoir soutenu George W. Bush dans la poursuite d’un conflit militaire.

Mon excuse à moi est que j’étais en dernière année de lycée. Quelle est l’excuse des nombreuses personnes qui siégeaient dans cet hémicycle ou à la Chambre des représentants à l’époque et qui chantent aujourd’hui exactement la même chanson lorsqu’il s’agit de l’Ukraine ? N’avons-nous rien appris ? N’avons-nous rien mis à jour en ce qui concerne notre raisonnement mental, les normes que nous appliquons pour déterminer quand nous devons nous impliquer dans des conflits militaires ?

N’avons-nous rien appris sur la précarité et la valeur de la vie aux États-Unis et dans le reste du monde, et sur le fait que nous devrions être un peu plus prudents pour la protéger ? À l’époque, en 2003, il y avait une gauche anti-guerre dans ce pays. Aujourd’hui, personne n’est vraiment contre la guerre. Personne ne s’inquiète de la poursuite des conflits militaires à l’étranger. Personne ne semble s’inquiéter des conséquences imprévues.

Mais l’Irak a eu beaucoup de conséquences imprévues — beaucoup de conséquences qui avaient peut-être été prévues par quelques personnes intelligentes ; beaucoup de conséquences qui n’avaient été prévues par personne — dont l’une est que nous avons donné à l’Iran un allié régional plutôt qu’un concurrent régional. George W. Bush s’est-il présenté devant le peuple américain et a-t-il dit : « Nous allons envahir ce pays et donner à l’un de nos plus puissants ennemis dans la région un allié régional de taille » ? Pensions-nous que, vingt ans plus tard, l’Irak deviendrait une base pour attaquer nos troupes au Moyen-Orient ? Pensions-nous que cela renforcerait l’un des régimes les plus dangereux de cette région du monde ?

Nous finançons aujourd’hui Israël, comme je pense que nous devons le faire, pour qu’il se défende contre les attaques provenant d’Iran, alors que les mêmes personnes qui appellent à plus de guerre dans le monde entier sont celles qui nous ont poussés à déclencher une guerre qui a donné du pouvoir à l’Iran.

Il y a une certaine ironie dans tout cela, une certaine tristesse que j’éprouve à l’idée que nous ne semblons jamais tirer les leçons du passé. Nous ne semblons jamais nous demander pourquoi nous continuons à gâcher la politique étrangère américaine, pourquoi nous continuons à affaiblir notre pays, même si nous disons que nous avons l’intention de le rendre plus fort. Voici une autre chose que nous devrions apprendre de la guerre en Irak, une chose qui me tient beaucoup à cœur en tant que chrétien et qui, je pense, devrait également tenir à cœur à bon nombre de mes collègues qui ne sont pas chrétiens, à bon nombre de mes concitoyens américains qui ne sont pas chrétiens.

En Irak, avant notre invasion, il y avait 1,5 million de chrétiens. Nombre d’entre eux étaient des communautés anciennes — des Chaldéens, des personnes dont la lignée et les ancêtres remontent à des personnes qui ont connu les apôtres littéraux de Jésus-Christ. Aujourd’hui, la quasi-totalité de ces communautés chrétiennes historiques a disparu. Voilà les fruits du travail américain en Irak — un allié régional de l’Iran — et l’éradication et la décimation de l’une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde.

Est-ce là ce que l’on nous a dit qu’il allait se passer ? Le peuple américain — la plus grande nation majoritairement chrétienne du monde — pensait-il que c’était ce dans quoi il s’engageait ? Je ne le pensais quant à moi certainement pas. Et j’ai honte de ne pas l’avoir pensé.

Mais nous l’avons fait. Nous avons fait tout cela parce que nous n’avons pas réfléchi à la façon dont la guerre et les conflits mènent à des conséquences inattendues.

Je suis certain que l’application de ces leçons au conflit ukrainien peut sembler farfelue. Certainement, cela ne risque pas de déboucher sur un conflit régional ou même mondial plus large. En fait, certainement pas — je suis sarcastique. Il est évident que c’est le cas.

Alors que les alliés européens proposent d’envoyer des troupes pour combattre Vladimir Poutine, entraînant l’OTAN encore plus loin dans ce conflit, oui, la guerre en Ukraine menace de devenir un conflit régional plus large. Qu’en est-il de l’assaut contre les communautés chrétiennes traditionnelles ? Aujourd’hui même, le parlement ukrainien envisage de promulguer une loi qui déposséderait un grand nombre d’églises et de communautés chrétiennes en Ukraine. Ils disent que c’est parce que ces églises sont trop proches de la Russie. Et peut-être que certaines églises sont trop proches de la Russie. Mais on ne prive pas une communauté religieuse entière de sa liberté de culte parce que certains de ses membres ne sont pas d’accord avec vous sur le conflit du jour.

Je me souviens, lorsque j’étais un jeune lycéen conservateur, de la façon dont les opposants du camp conservateur à la guerre en Irak disaient : « Vous êtes tout simplement pour Saddam Hussein, et vous pensez que Saddam Hussein devrait être autorisé à continuer à brutaliser le peuple irakien ; vous n’avez aucun amour pour ce peuple irakien innocent ; vous ne croyez pas en l’Amérique ». Et les mêmes arguments sont appliqués aujourd’hui : vous êtes un fan de Vladimir Poutine si vous n’aimez pas notre politique à l’égard de l’Ukraine, ou vous êtes un fan d’une terrible idée tyrannique parce que vous pensez que l’Amérique devrait peut-être se concentrer davantage sur les frontières de son propre pays que sur celles de quelqu’un d’autre.

Notre Dame du Carmel

L’antienne de communion se trouve aussi à la fête de la Nativité de la Sainte Vierge dans un graduel de Sens (fin XIIIe) conservé au Portugal, de la fête de la Visitation dans un missel morave du XIIIe, et de la Vigile de l’Assomption dans un graduel tchèque de la fin du XIVe siècle. D’autre part, avec « et Domina » au lieu de « dignissima », c’est l’antienne de communion de la messe de la Sainte Vierge des samedis après la Pentecôte dans un graduel de Nitra (Slovaquie, XVIe siècle, à l’époque en Hongrie). Cette antienne est une ample et douce révérence envers la « Reine du monde », avec une proclamation de sa virginité perpétuelle et une supplication appuyée sur « intercede« .

Regina mundi digníssima, María, Virgo perpétua, intercéde pro nostra pace et salúte, quæ genuísti Christum Dóminum, Salvatórem ómnium.

O Marie, très digne Reine du monde, et toujours Vierge, obtenez-nous la paix et le salut, vous qui avez mis au monde le Christ, Seigneur et Sauveur de tous.

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Slovaques

Le Parlement slovaque a rejeté une résolution de l’opposition qui condamnait la soi-disant frappe russe sur un hôpital pour enfants de Kiev.

Il fallait 78 votes, il n’y en a eu que 41.

Les députés de la majorité ont fait valoir qu’il n’y avait aucune preuve que ce fût une frappe russe.

Les ados au front

Ivo Daalder, ancien ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’OTAN, dit que le gouvernement ukrainien doit envoyer des jeunes de 18 ans se faire massacrer pour que l’Ukraine gagne la guerre et entre dans l’OTAN :

« C’est une guerre faite par des quadragénaires. Aucune autre guerre de l’histoire n’a été faite par des quadragénaires. Il est temps que l’Ukraine ait une sérieuse discussion sur la façon de gagner cette guerre. On ne peut pas le faire seulement avec des hommes de 28, 29, 30, ou 40 ans, qui est l’âge moyen des hommes sur la ligne de front. On a besoin de gars de 18 ans, on a besoin de gars de 19 ans, on a besoin de gars de 20 ans, c’est ce sur quoi comptent toutes les armées du monde. »

C’est la guerre jusqu’au dernier (jeune) Ukrainien.

(Ivo Daalder a été ambassadeur des des Etats-Unis auprès de l’OTAN entre 2009 et 2013, après avoir été conseiller d’Obama lors de sa campagne présidentielle de 2008. Bizarrement, sa fiche Wikipedia, même en anglais, est muette sur ce qu’il a fait ces dix dernières années.)

Républicain ?

Il faut établir un « front républicain » contre le Rassemblement national. Il faut réunir un « arc républicain » contre le Rassemblement national. En quoi le Rassemblement national n’est-il pas « républicain » ? Ce n’est jamais dit. Forcément. Mais, le gag, c’est que la République donne désormais à ce parti « non républicain » beaucoup plus que ce qu’il donne aux partis « républicains » :

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L’attentat

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C’est la photo de l’année. Prise par Evan Vucci, chef photographe de l’Associated Press, qui se trouvait derrière la tribune au moment de l’attentat. L’homme n’est pas pour rien chef photographe de l’AP, et n’est pas par hasard détenteur du prix Pulitzer. Néanmoins ce n’est évidemment pas une mise en scène : il fallait être là et cadrer à la fraction de seconde.

Sinon il aurait fait Delacroix…

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Mais on pense aussi bien sûr à une autre oreille…

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Plus sérieusement, Benoît et moi publie opportunément une traduction de l’éditorial du New York Times du 28 juin. Cet article a fait sensation parce que le journal de l’idéologie officielle américaine demandait ouvertement à Joe Biden de se retirer de la course présidentielle. Mais il y avait autre chose dans ce texte, et dès le deuxième paragraphe : un tableau apocalyptique de ce que serait le retour au pouvoir de Donald Trump, « un danger important pour cette démocratie », un « personnage indigne de la confiance du public », une « menace de tyrannie ». « Il a décrit des plans qui endommageraient l’économie américaine, saperaient les libertés civiles et détérioreraient les relations de l’Amérique avec d’autres nations. » « L’ampleur et la gravité du défi lancé par M. Trump aux valeurs et aux institutions de ce pays » exigent que Biden se retire, parce qu’il ne peut y faire face. Et aussi, forcément, que Trump soit mis hors d’état de nuire…

L’attentat vu de façon plus crue par Marjorie Taylor Green : « C’est la faute des médias : ils nous ont diabolisés, nous ont traités de nazis et ont incité ces dix dernières années à la violence contre nous. Ils le font tous les jours et hier, ils ont obtenu ce qu’ils voulaient : une tentative d’assassinat contre le président Trump et le meurtre d’un de ses partisans. »

Saint Henri

L’oraison de la messe de saint Henri II est un exemple parmi des dizaines de ce que la nouvelle liturgie de Rome, qui est « la seule expression de la lex orandi du Rite romain », selon le pape, est celle d’une autre religion que la religion catholique.

La collecte traditionnelle :

Deus, qui hodierna die beatum Henricum, confessorem tuum, e terreni culmine imperii ad regnum aeternum transtulisti, te supplices exoramus, ut, sicut illum, gratiae tuae ubertate praeventum, illecebras saeculi superare fecisti, ita nos facias, ejus imitatione, mundi hujus blandimenta vitare, et ad te puris mentibus pervenire. O Dieu, en ce jour, vous avez fait passer le bienheureux Henri, votre Confesseur, du sommet de l’empire de la terre au royaume du ciel : nous vous demandons en suppliant que, comme en le prévenant par l’abondance de votre grâce, vous l’avez fait triompher des attraits du siècle, vous nous fassiez aussi, à son imitation, éviter les séductions du monde et parvenir jusqu’à vous avec des cœurs purs.

La collecte de ce qu’on est censé considérer comme « la seule expression de la lex orandi du Rite romain » :

Deus, qui beatum Henricum, gratiae tuae ubertate praeventum, e terreni cura regiminis ad superna mirabiliter erexisti, ejus nobis intercessione largire, ut inter mundanas varietates puris ad te mentibus festinemus.

Voici la « traduction » française officielle :

Seigneur, tu as comblé saint Henri de ta grâce pour qu’il sache gouverner son empire et tu l’as élevé à la gloire du ciel ; accorde-nous par son intercession, au milieu des changements de ce monde, de tendre vers toi dans la simplicité du cœur.

Lauren Pristas fait remarquer que la nouvelle oraison est « anachronique » : elle décrit le gouvernement de l’empereur « dans des termes qui reflètent la sensibilité démocratique moderne ». Elle le fait de façon tellement médiocre (« le soin du gouvernement terrestre ») que la traduction officielle français a rétabli l’« empire » (qui ne se trouve pourtant pas dans la version de référence de « la seule expression de la lex orandi du Rite romain »). Mais le pire n’est pas cette anachronique révérence démocratique. C’est, comme on le voit partout dans le nouveau « missel », la suppression du fait que par la grâce Henri ait triomphé des attraits de ce siècle et évité les séductions du monde. La vie chrétienne ne consiste plus en cette ascèse informée par la grâce. Du reste les choses de ce monde sont seulement changeantes, inconstantes, on n’a pas à se méfier de leurs attraits ni de leur séduction qui nous entraîneraient dans le péché. Et comme il n’y a plus de combat, on peut supprimer aussi « nous te prions en suppliant ». Quant au but il n’est plus le même non plus. La collecte traditionnelle nous fait demander en suppliant de parvenir à Dieu, en Dieu, tandis que la nouvelle demande que Dieu nous accorde de nous hâter vers lui – verbe encore trop fort, que la traduction officielle corrige en : tendre vers toi – sans qu’il soit donc primordial d’arriver.

Il est remarquable que l’on a le texte bien connu de saint Henri lui-même, sa lettre à l’évêque de Bamberg, qui condamne par avance la dérive liturgique et professe la vérité de la vie chrétienne :

Nous devons abandonner les biens temporels et mettre au second plan les avantages terrestres pour nous efforcer d’atteindre les demeures célestes qui sont éternelles. Car la gloire présente est fugitive et vaine si, tandis qu’on la possède, on omet de penser à l’éternité céleste.