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Ratzinger interdit

Au détour d’un propos du cardinal Schoenborn :

« Au séminaire de Freising, où il étudié, dans la bibliothèque, il n’y a pas un seul livre de Joseph Ratzinger. Dans la bibliothèque de la cathédrale où il a été ordonné, non plus. C’est douloureux. C’est le résultat de l’ignorance: c’est l’orgueil de ne pas voir la grandeur de Ratzinger, mais le fait qu’il n’en ait jamais ressenti d’amertume fait partie de son chemin et de sa grandeur.»

Nul n’est prophète en son pays, mais quand même, un tel degré de mépris…

Hommage à un résistant

1155219200067.jpgOn apprend la mort de Domenico Bartolucci, « directeur perpétuel » du Chœur de la Chapelle Sixtine, et pourtant viré par le clan Marini (Piero) en 1997. En 2006, Benoît XVI lui demandait de diriger un concert à la Chapelle Sixtine. Au cours de ce concert fut créé un motet de Bartolucci lui-même : Oremus pro Pontifice nostro Benedicto. A l’issue du concert, Benoît XVI fit l’éloge du grand interprète et compositeur de musique sacrée (photo). En 2010 il le créait cardinal. L’année suivante le cardinal Bartolucci révélait qu’il avait toujours célébré la messe de saint Pie V. Au Vatican…

Voici l’article que j’avais publié dans Daoudal Hebdo.

Mgr Domenico Bartolucci a été le maître de chapelle de la Chapelle Sixtine de 1956 à 1997. Cette année-là, il a été viré par le clan moderniste du maître des célébrations liturgiques du Saint-Père, Mgr Piero Marini. Certes, il avait 80 ans, mais à la Sixtine on est « directeur perpétuel ». Son prédécesseur, Mgr Lorenzo Perosi (qui avait été une figure importante de la musique italienne autour de… 1900), avait été en poste de 1898 jusqu’à sa mort en 1956… Le cardinal Ratzinger n’avait pas apprécié la mise à la retraite de Mgr Bartolucci, et en 2006 Benoît XVI l’a en quelque sorte « réhabilité » en faisant son éloge à l’issue d’un concert où Mgr Bartolucci avait dirigé diverses œuvres chorales, dont une pièce qu’il avait composée en l’honneur du pape. Et en 2007 Benoît XVI a viré Mgr Piero Marini pour le remplacer par Mgr Guido Marini qui a, lui, le sens du sacré.

Mgr Bartolucci a donné une interview à un blog italien, Disputationes theologicae, qui a fait grand bruit dans le monde catholique, et au-delà.

C’est que ce solide Toscan de 92 ans n’a pas sa langue dans sa poche, et que, dégagé de tout « devoir de réserve », il dit tout le mal qu’il pense de la liturgie issue du concile Vatican II.

Et d’abord, Disputationes theologicae lui demande s’il a profité du motu proprio Summorum Pontificum pour célébrer l’ancienne messe. La réponse est stupéfiante, quand on pense qu’il s’agit du maître de chapelle de Paul VI :

« A vrai dire, j’ai toujours célébré cette messe, de façon ininterrompue depuis mon ordination… En fait j’aurais même des difficultés à célébrer la messe du rite moderne, puisque je ne l’ai jamais dite… »

Ensuite, sur l’absence de « participation » des fidèles :

« Allez, il ne faut pas dire de bêtises ! Moi j’ai connu la participation des fidèles autrefois, aussi bien à Rome, dans les basiliques (que) dans cette belle campagne autrefois peuplée de gens pleins de foi et de piété. Le dimanche à vêpres, le prêtre aurait pu se contenter d’entonner le “Deus in adjutorium meum intende”, et puis se mettre à dormir sur la banquette jusqu’au capitule : les fidèles auraient continué tout seuls et les pères de famille auraient entonné, un par un, les antiennes ! »

La réforme liturgique, dit-il, a été faite par des « hommes arides, arides, je vous le répète, je les ai bien connus… ».

Et encore :

« Ça a été une mode, tout le monde parlait, tout le monde “rénovait”, tout le monde pontifiait, sur la base d’un sentimentalisme qui prétendait tout réformer, et on faisait taire habilement les voix qui s’élevaient en défense de la tradition bimillénaire de l’Eglise. »

Sur la « réforme de la réforme » :

« La question est assez complexe… Que le nouveau rite ait des déficiences est désormais une évidence pour tout le monde, et le Pape a dit et il a écrit plusieurs fois que celui-ci devrait “regarder vers l’ancien”. Mais que Dieu nous garde de la tentation des pastiches hybrides. La Liturgie avec un L majuscule est celle qui nous vient des siècles passés : c’est elle qui est la référence. Qu’on ne l’abâtardisse pas avec des compromis “déplaisant à Dieu et à ses ennemis”… »

A propos de la réforme de la Semaine Sainte, il raconte :

« Cette réforme avait été entreprise avec une certaine hâte, sous un Pie XII déjà affaibli et fatigué. Si bien que quelques années plus tard, sous le pontificat de Jean XXIII – car quoi qu’on en dise, en matière de liturgie il était d’un traditionalisme convaincu et émouvant – m’arrive un coup de fil de Mgr. Dante, le cérémoniaire du Pape, qui me demande de préparer le Vexilla Regis pour l’imminente célébration du Vendredi Saint. Interloqué, je lui réponds : “Mais vous l’avez aboli !”. Alors il m’a dit : “Le Pape le veut” ; et en quelques heures j’ai organisé les répétitions de chant, et nous avons chanté à nouveau, avec une grande joie, ce que l’Eglise chantait ce jour-là depuis des siècles. Tout cela pour dire que lorsqu’on a fait des déchirures dans le tissu de la liturgie, ces trous restent difficiles à recoudre, et ils se voient. Face à notre liturgie multiséculaire, nous devons contempler avec vénération, et nous souvenir qu’avec cette manie de toujours vouloir “améliorer”, nous risquons de ne faire que des dégâts. »

 

Dans la Repubblica, une lettre de Benoît XVI…

Quelques jours après avoir publié une lettre de François au directeur athée du journal, la Repubblica publie une lettre de Benoît XVI à un scientifique italien athée. C’est une curieuse coïncidence, même si la lettre de Benoît XVI est en fait antérieure… de cinq jours.

L’histoire de cette lettre est racontée ici.

Le texte est partiellement traduit sur le site de Radio Vatican. La traduction est hélas mauvaise, et parfois très mauvaise. (Pas besoin de voir l’original pour s’en rendre compte.) Toutefois la lettre est (évidemment) très intéressante. Je retiens notamment la malicieuse réponse de Benoît XVI à l’accusation selon laquelle la théologie c’est de la science fiction.

On sait que Joseph Ratzinger (et devenu pape il l’a redit) considère, conformément à la tradition, que la théologie est une science, et non seulement une science, mais la première des sciences, et que c’est le statut qu’elle doit avoir à l’université.

Le scientifique athée lui répond que la théologie c’est tout au plus de la science fiction.

Benoît XVI réplique que la science fiction se trouve dans de nombreuses sciences. A commencer dans les théories que reprend son interlocuteur sur l’origine et la fin du monde. Et il cite un texte de Jacques Monod sur l’évolution qui est en effet un exemple – hilarant – de science fiction primaire : le poisson qui a choisi d’aller explorer la terre et qui a fini par développer des pattes…

Il montre qu’en substituant la nature à Dieu, sans dire ce qu’est cette nature, le scientifique en fait « une divinité irrationnelle qui n’explique rien ». Et il ajoute que dans la religion des mathématiques de son interlocuteur il manque trois thèmes fondamentaux de l’existence humaine : la liberté, l’amour, le mal. « Une religion qui néglige ces demandes fondamentales reste vide de sens. »

Addendum

La bonne traduction des extraits de la lettre est chez Benoît et moi.

Lumen Fidei

Voici donc l’encyclique « à quatre mains ». En effet : celles de Joseph Ratzinger et de Benoît XVI. Le pape Franciscus qui signe cette encyclique ne parle plus des quatre mains, mais reconnaît que Benoît XVI avait « pratiquement achevé une première rédaction » du texte. Disons simplement : la rédaction du texte. François dit avoir ajouté « quelques contributions ». Elles sont si discrètes qu’elles sont totalement invisibles (1). Alors que l’on reconnaît partout les thèmes de prédilection, les références, le style de Joseph Ratzinger théologien, exégète et pasteur, et du pape Benoît.

Bref, nous avons ici le dernier texte magistériel de Benoît XVI. Un vrai chant du cygne pontifical : un chef-d’œuvre.

Cette encyclique, profondément paulinienne (car en effet plus on lit saint Paul et plus on voit qu’il a tout dit), s’appuie aussi sur les pères de l’Eglise, et une fois encore on voit Joseph Ratzinger poursuivre dans cette voie, au même niveau, notamment au n. 23, quand il commente de front le texte hébreu et la traduction grecque d’une phrase d’Isaïe, comme le faisaient saint Jérôme ou saint Jean Chrysostome.

Le thème de la lumière de la foi conduit Ratzinger-Benoît, dans la lignée de son cher saint Bonaventure et d’un courant qui remonte à Origène (et d’abord à l’Ecriture), à apporter sa contribution à la doctrine des cinq sens spirituels, ce qui est sans doute une première dans un texte magistériel. Et c’est le cœur même de l’encyclique, sa partie centrale, qui a été préparée par ce qui précède, et qui va ensuite irriguer ce qui sera l’application de la doctrine.

Et cela commence en outre par une citation de (mon cher) Guillaume de Saint-Thierry, le chantre éminent des sens spirituels dans le monde monastique médiéval (de concert avec son maître et ami saint Bernard) : dans le Cantique des cantiques, les yeux de colombe de la bien-aimée « sont la raison croyante et l’amour, qui deviennent un seul œil pour parvenir à la contemplation de Dieu, quand l’intellect se fait “intellect d’un amour illuminé” » (intellectus amoris illuminati).

Suit alors un développement magistral – et magistériel – sur la synthèse entre les deux approches de la connaissance qu’on a abusivement séparées : l’écoute, qui serait biblique, et la vision, qui serait grecque.

Mais notre foi est foi dans le Fils de Dieu incarné, que l’on écoute et que l’on voit. « La connexion entre la vision et l’écoute, comme organes de connaissance de la foi, apparaît avec la plus grande clarté dans l’Évangile de Jean. » Et c’est aussi saint Jean qui ajoute le toucher : « (…) ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux (…) ce que nos mains ont touché du Verbe de vie ».

Et Benoît XVI cite saint Augustin : « Toucher avec le cœur, c’est cela croire. »

La suite de l’encyclique, sur la formulation, la transmission et les bienfaits de la foi sur le plan pratique et du bien commun, découle de ces considérations. A commencer bien sûr par les sacrements, par lesquels nous touche le Verbe incarné et par lesquels nous le touchons.

Il y aurait beaucoup à dire sur cette encyclique, d’autant qu’elle est très concentrée. On remarque de même qu’elle contient l’expression ramassée, ciselée, comme définitive, des principaux thèmes personnels de Ratzinger-Benoît. Il faut la lire. Elle est ici.

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(1) On peut hésiter, au n. 46, sur l’expression : « sortir du désert du moi autoréférentiel, renfermé sur lui-même ». Mais c’est bien Benoît XVI qui disait, le 7 janvier, aux diplomates, que « la personne qui devient autoréférentielle n’est plus ouverte à la rencontre avec Dieu et avec les autres et se replie sur elle-même »…

Un triple affront

Samedi était organisé dans le cadre de l’année de la foi un concert au Vatican : la 9e symphonie de Beethoven, par le chœur de l’Académie nationale Sainte-Cécile et l’Orchestre symphonique de la RAI sous la direction de son chef actuel Juraj Valcuha : sans aucun doute une grande interprétation d’un évident chef-d’œuvre de la musique.

Bien sûr cela avait été programmé pour le musicien et mélomane qu’est Benoît XVI. Mais le nouveau pape allait en bénéficier tout naturellement.

Eh bien non. Au dernier moment il a fait dire qu’il ne viendrait pas. « Je ne suis pas un prince du temps de la Renaissance qui écoute de la musique au lieu de travailler », aurait-il dit. En fait la musique ne l’intéresse pas du tout (cf. sa « liturgie »). C’est donc l’occasion pour ce grand humble de montrer que lui il travaille et qu’il n’a pas le temps de s’amuser, lui ; et pour ce grand pauvre qui fuit les « mondanités » de montrer que la musique n’est qu’un divertissement de riches…

Or c’est à l’évidence un triple affront :

1. à Benoît XVI, qui se servait de ces concerts pour faire une petite catéchèse (et réjouir les mélomanes chrétiens…) et montrait que la vraie musique élève l’âme ;

2. à l’orchestre, à son chef, aux solistes, au chœur ;

3. aux personnes qui étaient venues pour entendre, outre la musique, l’allocution du pape en relation avec l’année de la foi (par l’« Ode à la joie », bien sûr).

La grande chaise blanche est donc restée vide.

Au fait, ça se dit comment, en latin, chaise vide ?

Mais non, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

La Pentecôte Summorum Pontificum de l’archevêque de Ferrare

geppy_toglia_vescovo-7778.jpgIl n’est déjà pas si fréquent de voir un évêque célébrer la messe dans l’usus antiquior. Mais ce qu’a fait Mgr Negri me semble exceptionnel : c’est en effet la messe de la Pentecôte qu’il a célébrée ainsi, et c’était pour le premier pèlerinage organisé par « le peuple Summorum Pontificum » au sanctuaire marial du Poggetto, à Sant’Egidio près de Ferrare. Et c’est la seule église de la région qui n’ait subi aucun dommage lors du tremblement de terre de l’an dernier.

On connaissait déjà Mgr Luigi Negri comme évêque de Saint-Marin. Il n’avait pas sa langue dans sa poche, sur divers sujets… Devenu archevêque de Ferrare, il ne semble pas avoir l’intention de nous décevoir…

Dans son homélie, il a souligné que la liturgie traditionnelle n’est pas « une alternative à la liturgie réformée du Concile Vatican II », mais qu’elle « vit avec sa pleine dignité, sa pleine physionomie, en toute liberté et en toute responsabilité aux côtés de la liturgie réformée ».

Il a rappelé que Benoît XVI avait « demandé à l’Eglise tout entière, à commencer par les évêques, d’être respectueux de son intention d’étendre les trésors de l’Église, concédant à ceux qui en ressentent légitimement le désir, de favoriser le droit d’avoir accès à ce trésor “antique” et de le vivre avec plénitude dans le monde moderne pour la vérité de la foi aujourd’hui et la mission aujourd’hui ».

Quant aux « groupes de fidèles »  dont parle le motu proprio, ce sont « tous ces fidèles qui ont le droit et le devoir de pouvoir accéder à cette liturgie. Vous l’avez entre les mains, l’Église vous permet de l’introduire en toute liberté. Il ne peut exister aucun diocèse, en Italie ou dans le monde entier, qui vous dise non. Dès lors qu’il y aurait un seul non, l’évêque doit être appelé à rendre compte. »

Et après avoir fait la confidence qu’il avait reçu une lettre de Benoît XVI pour le féliciter de la façon dont il avait mis en œuvre le motu proprio à Saint-Marin, il a dit aussi : « J’étais parmi les évêques (je dois dire à la vérité, peu nombreux) qui ont gagné de tout cela un approfondissement de leur propre identité par rapport à l’expérience de Dieu. C’est quelque chose de grand, non seulement pour ceux qui la pratiquent, mais pour toute l’Eglise. »

Merci à Mgr Negri. Merci à Benoît et moi qui a traduit toute l’homélie, qui vaut d’être lue en entier (sur la Pentecôte, bien sûr, et sur le reste, dont la petite phrase sur les divorcés remariés…).

A propos des périphéries

Lu sur Benoît et moi :

« Nous avons vu et nous voyons aujourd’hui dans l’Evangile que, pour Dieu, il n’y a pas de périphéries. La Terre Sainte, dans le vaste contexte de l’Empire romain, était une périphérie; Nazareth était une périphérie, une ville inconnue. Et toutefois, cette réalité était précisément, de fait, le centre qui a changé le monde ! »

« On parle souvent dans l’Eglise de la périphérie et du centre, qui serait Rome, mais en réalité dans l’Eglise, il n’y a pas de périphérie, parce que là où est le Christ, le centre est là tout entier. Là où l’on célèbre l’Eucharistie, où il y a le tabernacle, le Christ est là et donc c’est là que se trouve le centre et nous devons tout faire pour que ces centres vivants soient efficaces, présents et soient réellement une force qui s’oppose à cette marginalisation. »

Benoît XVI, Lorette, le 1er septembre 2007, rencontre avec les jeunes.

Ils n’étaient pas là

Hier matin, Benoît XVI a reçu le Sacré Collège et a donné aux cardinaux ses consignes pour le conclave : être unis, être dociles à l’Esprit Saint…

Perepiscopus souligne qu’il manquait deux cardinaux français : Mgr Vingt-Trois et Mgr Barbarin.

Selon leurs agendas ils étaient disponibles, et ils n’ont donné aucun motif à leur absence.