Hymne des laudes au temps de la Passion. Il s’agit en fait de la deuxième partie de l’hymne de saint Venance Fortunat commencée aux matines (Pange lingua). Traduction de Remi de Gourmont.
Trente ans : le cercle corporel est accompli,
Celui qui naquit exprès, dédié à la Passion,
Agneau se lève sur la Croix du sacrifice.
Vinaigre, fiel, roseau, crachats, clous et la lance :
Le corps débonnaire est perforé, le sang ondoie
La terre, les mers, les astres, et le monde est lavé.
Croix fidèle entre tous les arbres, arbre de noblesse unique,
Nulle forêt n’en produit de tel, pour les feuilles, les fleurs ou le fruit,
O bois très doux, ô clous très doux, fardeau très doux !
Fléchis tes branches, arbre géant, relâche un peu la tension des viscères,
Et que ta rigueur naturelle s’alentisse,
N’écartèle pas si durement les membres du Roi suprême.
Seul, tu fus digne de porter la rançon du siècle,
O fanal éternel du havre permanent.
Secours définitif du monde rénové par le sang sacré de l’Agneau.
Bréviaire de Paris, XIIIe siècle, BNF.
