Close

Amoris Laetitia vue par un psychiatre

Voici une traduction des principaux passages d’un article de Rick Fitzgibbons, psychiatre, directeur de l’Institut de thérapie conjugale de Philadelphie, sur le problème crucial que pose Amoris Laetitia et le fait que ce texte devienne la charte du nouvel Institut pontifical.

Amoris Laetitia a été largement critiqué comme étant un danger pour la foi catholique. Le pape François, dont la responsabilité principale est la défense et la transmission des vérités de la foi, a ignoré les demandes de clarification par des cardinaux de ses passages les plus confus et controversés.

Le pape François est également accusé d’avoir nié l’existence d’absolus moraux, dans Amoris Laetitia, paragraphe 303.

D’un point de vue psychologique, Amoris Laetitia constitue également une grave menace pour la santé et la stabilité du mariage, de la vie familiale catholique et des enfants. La raison en est que le chapitre 8 soutient et préconise l’égoïsme et la pensée narcissique qui sont les principaux ennemis de la santé psychologique et donc de mariages stables et forts.

Nous avons travaillé avec de nombreuses familles catholiques dont le mariage était sain et heureux mais qui a été miné et détruit sous l’influence d’un conjoint gagné par l’épidémie de narcissisme.

L’égoïsme est aussi le fondement de l’éthique de situation qui semble être maintenant renforcée par certains passages d’Amoris Laetitia.

La pensée narcissique a également gravement nui au sacerdoce au cours des 50 dernières années et a joué un rôle majeur dans la crise de l’Église. Aucun homme adulte n’attaquerait sexuellement un adolescent, victime principale de la crise, s’il ne croyait égoïstement qu’il a le droit d’utiliser les autres comme des objets sexuels.

Saint Jean-Paul II a écrit sur les graves dangers de l’égoïsme pour le mariage dans Amour et Responsabilité: « Car l’amour ne peut survivre que comme une unité dans laquelle se manifeste le « nous » mature ; il ne survivra pas comme un arrangement entre deux personnes égoïstes » (p.71).

 

L’action contre l’Institut Jean-Paul II

 

Les inquiétudes ont été profondément aggravées par l’action du Saint-Père dissolvant les principes fondateurs de l’Institut Jean Paul II d’études sur le mariage et la famille et modifiant sa mission première. Désormais, l’Institut mettra principalement en avant les enseignements très controversés que l’on trouve dans Amoris Laetitia, plutôt que de mettre en œuvre l’enseignement brillamment clair et sans ambiguïté de saint Jean-Paul II sur le mariage, la famille, la personne humaine et la sexualité.

En tant que psychiatre spécialisé dans le traitement des conflits conjugaux et familiaux, au cours des 40 dernières années, j’ai pu constater les avantages énormes de la mise en œuvre des écrits et de l’enseignement novateur et nécessaire de S. Jean-Paul II. J’ai également enseigné leur rôle dans la compréhension du mariage catholique et dans le renforcement des mariages et des familles lors de nombreuses apparitions publiques et en tant que professeur adjoint à l’Institut JPII à Washington.

Cet article souligne l’importance psychologique vitale de Familiaris Consortio, la grande charte pour les familles catholiques, par contraste avec la menace sérieuse que le huitième chapitre d’Amoris Laetitia fait peser sur la santé psychologique des mariages catholiques, des familles et de la culture. Il recommande que les principes fondateurs de l’Institut Jean Paul II d’études sur le mariage et la famille soient conservés et non remplacés par l’enseignement d’Amoris Letitia, en partie à cause de la confusion sur le mariage et l’eucharistie créée dans le monde par le huitième chapitre de AL. Une autre raison sérieuse de cette recommandation est que AL omet toute préoccupation pastorale pour les millions d’enfants affectés chaque année par le divorce et les unions irrégulières, comme la cohabitation.

 

L’attentat de 1981 et celui de 2017

 

Après le Synode sur la famille en 1980, le pape Jean-Paul II a écrit Familiaris Consortio, qui présente clairement et de manière convaincante ce qui est nécessaire pour les couples et les familles catholiques dans la lutte intense pour protéger la santé spirituelle et psychologique du foyer catholique et de la culture.

Le pape Jean-Paul II a ensuite institué le Centre Jean Paul II d’études sur le mariage et la famille à Rome en 1981. La dure réalité est que le jour où il devait établir cet institut on lui tira dessus et qu’il échappa miraculeusement à la mort. Cet événement ne doit pas nous surprendre maintenant, étant donné la controverse intense et la confusion qui se sont développées récemment dans l’Église et la culture concernant la vérité sur le mariage, la famille, la sexualité et l’Eucharistie.

La dramatique action du pape qui a radicalement changé cet institut internationalement respecté pour se focaliser principalement sur son document déroutant et psychologiquement dangereux, a frappé de nombreux catholiques comme un autre attentat contre l’héritage de saint Jean-Paul II sur le mariage et la vie familiale.

Le site officiel des évêques catholiques allemands a célébré la dissolution par le pape de l’Institut Jean Paul II d’études sur le mariage et la famille, « un bastion de résistance contre le programme de la miséricorde de François », et son remplacement par un nouveau « think tank pour Amoris Laetitia ».

En fait, les écrits de saint Jean-Paul II offrent une approche de la grande miséricorde du Seigneur parce qu’ils présentent aux conjoints, aux enfants et à la culture la vérité sur la sexualité humaine, le mariage, la jeunesse et la vie familiale.

 

Le cardinal Caffarra

 

Le regretté cardinal Carlo Caffarra, président fondateur de l’Institut Pontifical Jean Paul II d’Etudes sur le Mariage et la Famille et l’un des quatre cardinaux qui ont soumis les dubia pour demander une clarification d’Amoris Laetitia, réfléchissait, lors de la session de l’Institut pontifical Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille, à Washington en 2016, sur la vision du pape Jean-Paul II dans la fondation de l’Institut :

L’idée qu’une doctrine solide n’ait pas d’importance fondamentale pour le ministère pastoral était totalement étrangère au pape. Au contraire, il ne pensait pas que la pastorale soit possible à moins de «dire la vérité» de la doctrine (Eph 4; 15).

Par conséquent, la recherche sur la fondation du mariage et de la famille, un retour au Commencement, était la tâche de l’Institut. Les deux principales caractéristiques de l’Institut découlent de ceci : un engagement fort dans le domaine de l’anthropologie et de la pensée christocentrique.

Le pape était profondément convaincu que la crise du mariage et de la famille était fondamentalement une crise anthropologique: la personne humaine avait perdu conscience d’elle-même, de la vérité de son être, de sorte qu’elle ne comprenait plus la vérité du mariage.

Le fait que sa catéchèse sur l’amour humain (Jean-Paul II) ne soit pas considérée comme la base de la pratique pastorale du mariage a été l’une des principales raisons des graves difficultés aux Synodes de 2014 et 2015.

La santé psychologique des mariages et des enfants catholiques dépend d’une compréhension claire de la nature du mariage et de la sexualité décrite par Jean-Paul II et le Catéchisme de l’Église catholique. Les couples ont besoin plus que jamais de la connaissance qu’on y trouve que la croissance des vertus et de la grâce les aide à découvrir et à résoudre les conflits, protège leur amour et sauve leurs enfants des fléaux de l’égoïsme et du divorce.

À l’heure actuelle, le huitième chapitre d’Amoris Laetitia est un document magistériel qui sème la confusion, psychologiquement néfaste et dangereux pour les mariages et les familles catholiques selon mon opinion professionnelle. Il ne devrait pas être la base de l’enseignement des Instituts Jean Paul II pour les études sur le mariage et la famille. En fait, Amoris Laetitia sape les contributions brillantes et très nécessaires de saint Jean-Paul II sur le mariage et la famille dans Familiaris Consortio et La théologie du corps.