Le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, dit qu’il « prend un risque personnel » en présentant un nouveau plan d’aide militaire à l’Ukraine, car il pourrait être destitué de son poste par ses pairs trumpistes. Mais il se dit persuadé de prendre la bonne décision, une décision nécessaire, face au mal absolu qu’est Poutine. Voici son pitoyable plaidoyer :
« Je pourrais prendre une décision égoïste et faire quelque chose de différent, mais je fais ici ce que je crois être la bonne chose. Je pense que fournir une aide légale à l’Ukraine en ce moment est d’une importance cruciale – je crois vraiment aux renseignements et aux briefings que nous avons reçus. Je pense que Xi, Vladimir Poutine et l’Iran constituent réellement un axe du mal. Je pense qu’ils sont coordonnés sur cette question. Je pense que Vladimir Poutine continuerait à marcher à travers l’Europe si on le lui permettait. Je pense qu’il pourrait ensuite se rendre dans les Balkans. Je pense qu’il pourrait avoir une confrontation avec la Pologne ou l’un de nos alliés de l’OTAN. Pour dire les choses franchement, je préfère envoyer des balles en Ukraine plutôt que des garçons américains. Mon fils va entrer à l’Académie navale cet automne. Il s’agit d’un exercice à balles réelles pour moi, comme pour de nombreuses familles américaines. »
Il est manifeste que le président de la Chambre confond les Balkans et les pays Baltes. Personne ne soupçonne Poutine de vouloir envahir « les Balkans ». Quels Balkans ? La Serbie, qui est son allié ?
Il embraye aussitôt sur la Pologne, et sur « l’un de nos (autres) alliés de l’OTAN », donc manifestement les pays Baltes, et non les Balkans.
Mike Johnson serait-il un disciple de Luc Ferry ? Le 3 mars, à la télévision, l’ancien ministre affirmait que « tous les pays Baltes ne sont pas encore dans l’OTAN », et il insistait, disant qu’il parlait « de ceux qui ne sont pas dans l’Union européenne », et face à ses contradicteurs il précisait : « Le Monténégro, la Serbie… »
Quand on en est là il est évidemment inutile d’essayer d’expliquer que Poutine n’a aucune vue sur les Balkans ou les pays Baltes et que son intervention en Ukraine se justifie fondamentalement par le fait que l’Ukraine fait partie du monde russe, qu’on le veuille ou non (on ne peut pas lire un livre russe ou voir un opéra russe du XIXe siècle sans qu’il y soit question de Kiev, par exemple), et de façon conjoncturelle et décisive par l’agression du Donbass par une armée cornaquée par l’OTAN.