L’hymne des matines au temps pascal, par les moines de Ligugé en 1983 (strophes 1, 2, 6, 8, 9), avec la traduction de Pierre Corneille.
Eternel, qui régis l’un et l’autre hémisphère,
De tous deux l’auteur et l’appui,
Qui devant tous les temps règnes avec ton père,
Même roi, même essence et même Dieu que lui,
Sitôt que le néant eut enfanté le monde
Par le son fécond de ta voix,
Tu fis Adam son maître, et la machine ronde,
Le voyant ton image, en accepta les lois.
Le diable le déçut, et ce triste esclavage
Eût perdu l’homme pour jamais,
Si toi, qui l’avais fait toi-même à ton image,
Tu n’eusses à ton tour pris sa forme et ses traits.
Par là tu retiras de cette infâme chaîne
Ce digne ouvrage de ta main,
Et ta nature unie à la nature humaine
Rejoignit l’homme à Dieu, l’esclave au souverain.
Tu naquis d’une vierge, et c’est une naissance
Qui nous étonne et nous ravit ;
Et nous croyons qu’un jour par la même puissance
Tous nos corps revivront, comme le tien revit.
C’est ce même pouvoir qui nous donne au baptême
Le pardon de tous nos péchés ;
C’est par ce trait divin de ta bonté suprême
Que de leur triste joug nos cœurs sont détachés.
Ton amour sur la croix fait encor davantage,
Il t’y laisse percer le flanc ;
Par ta mort à la vie il nous fait un passage,
Et pour notre salut il prodigue ton sang.
Sauveur de tout le monde, en cette pleine joie,
Dont la Pâque remplit nos cœurs,
Daigne si bien guider ton peuple dans ta voie,
Que d’une mort funeste il échappe aux rigueurs.
Gloire à toi, rédempteur et monarque suprême,
Par toi-même ressuscité !
Même gloire à ton père, au Saint-Esprit la même,
Et durant tous les temps et dans l’éternité !
