Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle.
La bonne est que Andrzej Duda est réélu président de la République, avec 51,2% des voix.
La mauvaise est que son concurrent Rafał Trzaskowski a obtenu près de 10 millions de voix, soit presque un tiers des électeurs inscrits. Or Trzaskowski n’est pas un candidat libéral comme avant.
Dans les élections précédentes, les Polonais avaient le choix entre un candidat plutôt conservateur plutôt national pour la vie et la famille, et un candidat plutôt libéral européiste partisan du statu quo « sociétal ». Mais avec Trzaskowski c’est tout autre chose. L’homme est à l’extrême gauche de la Plateforme civique, ce qui chez nous correspond au centre droit, mais qui en Pologne était jusqu’ici marginal.
Sans doute un certain nombre de Polonais ont voté pour lui par souci « démocratique » d’« équilibre des pouvoirs », parce qu’il n’est pas bon que tous les pouvoir soient au même parti, et blablabla. Et aussi pour que, avec un président européiste (tout en gardant le même gouvernement) la situation soit moins tendue avec Bruxelles. Mais les électeurs ne pouvaient pas ne pas savoir que l’homme est un militant LGBT fanatique… Il est donc inquiétant que tant de Polonais aient voté pour ce bobo décadent, même s’ils ne pensaient pas voter pour la décadence bobo. Et ce qui est inquiétant aussi est que ce vote est dans la ligne des scrutins précédents, tendance très visible lors des dernières élections législatives : la campagne reste très majoritairement attachée aux traditions polonaises, mais il y a désormais une fracture avec les villes (et Trzaskowski est maire de Varsovie). Les campagnes ont voté à 63% pour Duda, les villes à 66% pour Trzaskowski. J’avais souligné cette évolution lors des élections locales de 2018 (malgré la forte progression du PiS).