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Saint Matthieu

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Lorsque les artistes de l’Occident médiéval se mirent à représenter les évangélistes selon le tétramorphe d’Ezéchiel, conformément à l’exégèse de saint Jérôme puis de saint Grégoire le Grand (intégrée dans la liturgie), ils conservèrent logiquement aux « Vivants » leurs ailes, donc le symbole de saint Matthieu était un homme ailé. Il fut très vite assimilé à un ange, puis à un ange qui dicte son évangile à Matthieu.

Ci-dessus les Heures d’Anne de Bretagne, enluminure de Jean Bourdichon. C’est un des aboutissements de la dérive : ici l’ange montre à saint Matthieu l’évangile tout fait, descendu du ciel (comme le Coran…), qu’il n’a plus qu’à recopier.

Une autre dérive, qui montre jusqu’où allait la décadence de la Renaissance, est celle qui montre l’ange comme une sorte d’androgyne (ou d’éphèbe), penché dans une pose plus ou moins lascive sur l’évangéliste et le contemplant d’un regard langoureux. Le doigt de l’ange, qui souvent indiquait à saint Matthieu l’endroit où il doit écrire (ou là où il a fait une faute ?), se met à caresser sa main… Le sommet est sans doute atteint avec une peinture du Caravage qui était destinée comme les deux autres sur Matthieu à l’église romaine Saint-Louis des Français, mais qui fut, quand même, refusée. On n’en a qu’une photographie en noir et blanc, parce qu’elle a été détruite pendant la Seconde Guerre mondiale (dans un bombardement sur Berlin). Cette peinture aurait pu faire une affiche pour un film LGBT…

Le Caravage reprit donc ses pinceaux, et produisit ce qui est une de ses toiles les plus puissantes, mais où on n’a plus aucun souvenir que l’ange est à l’origine un homme…

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