Ma cithare a tourné en affliction, et ma flûte en voix de pleurs. Epargne-moi, Seigneur, car mes jours sont néant. Ma peau s’est noircie sur moi, et mes os se sont desséchés. Epargne-moi, Seigneur, car mes jours sont néant.
Ce répons faisait partie de l’office des défunts en Espagne, et c’est pourquoi tous les compositeurs ibériques (dans la péninsule et dans les colonies) du XVIe siècle ont composé des motets polyphoniques sur ce texte, le plus célèbre étant celui de Victoria. L’image est saisissante pour un musicien, et d’autant plus appropriée que « luctus » dans le cadre funéraire veut dire « deuil ». Mais pour tout le reste de la chrétienté latine c’était, et c’est toujours dans la liturgie traditionnelle, un « répons de Job » (avant qu’il soit fixé par saint Pie V c’était souvent avec un verset différent). Le texte hébreu n’a pas de verbe dans la première phrase. Saint Jérôme a gardé celui des anciennes versions latines, qui veut dire littéralement « être tourné », ici « changé », « transformé ». Le verbe de la Septante (apébi) est plus imagé encore, puisque s’il a souvent le sens figuré de tourner (devenir), le préfixe indique une descente. Quant au mot « organum », il désigne un instrument de musique, sans autre précision, comme l’hébreu ougab. Mais il est souvent utilisé en parallèle avec des noms d’instruments à cordes, donc on en fait un instrument à vent. De fait il donnera « orgue », qui est un instrument à vent. Le grec a « psalmos », psaume, qui veut dire littéralement chant accompagné d’instruments.