La lecture du troisième nocturne des matines est le début de l’explication de l’évangile du jour par saint Jérôme.
Nous sommes invités à comprendre : c’est un signe que ce qui vient d’être dit recèle un sens mystérieux. Voici ce que nous lisons en Daniel : « Le temps d’une demi-semaine il fera cesser le sacrifice et l’oblation et sur l’aile du Temple sera l’abomination de la désolation jusqu’à la fin et la fin sera accordée sur une solitude ». Et à ce propos l’Apôtre dit que l’Homme d’iniquité et l’Adversaire doit se dresser contre tout ce qu’on appelle Dieu et qu’on vénère, osant même se tenir dans le Temple de Dieu, et se donner lui-même pour Dieu ; que sa venue, par l’influence de Satan, détruira et réduira à être délaissés de Dieu ceux qui l’auront accueilli.
Cela peut s’entendre simplement de l’Antichrist ou de l’image de César que Pilate fit placer dans le Temple, ou de la statue équestre d’Adrien qui se dresse encore aujourd’hui au lieu même du Saint des Saints. Dans l’Ancien Testament, abomination signifie aussi idole ; et c’est pourquoi on ajoute « de la désolation », parce que l’idole a été placée dans le Temple en désolation et en ruines.
On peut comprendre l’abomination de la désolation comme toute doctrine perverse. Quand nous la verrons se tenir dans le lieu saint, c’est-à-dire dans l’Église, et se faire passer pour Dieu, nous devrons fuir de la Judée vers les montagnes, c’est-à-dire abandonner la lettre qui tue et l’erreur judaïque, nous approcher des montagnes éternelles d’où Dieu répand son admirable lumière et nous tenir sur le toit et sur la terrasse où les traits enflammés du diable ne peuvent parvenir, ne pas descendre ni prendre quoi que ce soit de la maison de notre ancienne vie ni chercher ce qui est derrière nous, mais bien plutôt semer dans le champ des Écritures spirituelles afin d’en recueillir des fruits, et ne pas emporter une seconde tunique, qu’il n’est pas permis aux Apôtres de posséder.
Ce texte commence ainsi : « Quando ad intelligentiam provocamur, mysticum monstratur esse quod dictum est. » Quand nous sommes incités à comprendre, cela montre que ce qui est dit est mystique, ou mystérieux. « Que celui qui lit comprenne » (qui legit intelligat), dit l’Evangile. Ce qui est à comprendre n’est pas seulement le sens littéral, c’est surtout la réalité spirituelle qui se cache sous les mots. Saint Jérôme distingue ainsi l’historica interpretatio – l’interprétation historique, et l’intelligentia spiritalis, la compréhension spirituelle. Et quand il emploie le mot « intelligentia », ou le verbe « intelligere », c’est dans le sens « mystique », parce que ce qui est vraiment à comprendre est toujours le sens spirituel. Il est significatif que dans ce bref texte, quand il dit qu’on peut comprendre l’abomination de la désolation comme l’Antichrist ou l’image de César la statue équestre d’Adrien, il n’emploie pas le mot « intelligere » mais « accipere », et quand il dit qu’on peut comprendre cette expression comme « toute doctrine perverse », là il emploie « intelligere ». (Et dans l’épître de ce jour saint Paul dit « intellectus spiritalis ».)