Le P. John Zuhlsdorf, sur son « Fr.Z’s Blog », ressort le rite de dégradation d’un évêque, tel qu’il figure dans le Pontifical publié par Benoît XIV en 1752.
Le journaliste italien Aldo Maria Valli s’en empare et souligne qu’on devrait l’utiliser notamment à l’encontre de l’ex-cardinal McCarrick, rattrapé par son passé de prédateur (homo)sexuel. On trouvera la traduction de l’article de Valli (et du rite de dégradation de l’évêque) chez Benoît et moi.
Affaire McCarrick mise à part, je suis sidéré qu’on puisse recopier cette partie du pontifical de 1752 sans voir combien elle est contraire à la doctrine catholique du sacrement de l’ordre. Certes cette doctrine fut flottante au concile de Trente et jusqu’à Vatican II, car on confondait quelque peu les évêques avec des princes séculiers, en voyant l’Eglise comme une société féodale. Mais Vatican II a heureusement rétabli la saine doctrine (à la suite de la constitution Sacramentum ordinis de Pie XII, bien sûr) et en a fait une définition infaillible (Lumen gentium 21) :
Le saint Concile enseigne que, par la consécration épiscopale, est conférée la plénitude du sacrement de l’Ordre, que la coutume liturgique de l’Église et la voix des saints Pères désignent en effet sous le nom de sacerdoce suprême, la réalité totale du ministère sacré. La consécration épiscopale, en même temps que la charge de sanctification, confère aussi les charges d’enseigner et de gouverner, lesquelles cependant, de par leur nature, ne peuvent s’exercer que dans la communion hiérarchique avec le chef du collège et ses membres. En effet, la Tradition qui s’exprime surtout par les rites liturgiques et par l’usage de l’Église, tant orientale qu’occidentale, montre à l’évidence que par l’imposition des mains et les paroles de la consécration, la grâce de l’Esprit Saint est donnée et le caractère sacré imprimé, de telle sorte que les évêques, d’une façon éminente et patente, tiennent la place du Christ lui-même, Maître, Pasteur et Pontife et agissent en sa personne. Aux évêques, il revient d’introduire, par le sacrement de l’Ordre, de nouveaux élus dans le corps épiscopal.
Le sacrement de l’ordre imprime un caractère indélébile, qui demeure pour l’éternité. Le sacre épiscopal confère la plénitude du sacrement de l’ordre. Personne ne peut donc enlever à l’évêque son caractère épiscopal.
Par conséquent, la fin du rite de dégradation est invalide et non avenu, quand on frotte la tête de l’évêque en disant que par ce grattage on met fin à la « consécration, et bénédiction, et onction » épiscopale. Il ne peut pas y avoir de « degradatio ab ordine pontificali ». C’est ontologiquement impossible.
(Il est significatif que dans le rite de dégradation du simple prêtre il n’y a rien de tel. Benoît XIV, conformément à l’enseignement du concile de Trente, savait qu’on ne pouvait pas effacer le caractère sacerdotal. Mais il croyait que la « consécration » épiscopale était une simple « transmission de pouvoirs ».)