Aujourd’hui, à chaque catastrophe, à chaque attentat, on « rend hommage » aux morts. Les cérémonies se succèdent, les simples quidams vont dans la rue mettre des fleurs, des bougies et des peluches. Les gens qui n’ont plus de rites religieux s’inventent ainsi des rites de substitution, et puisqu’un rite doit honorer quelqu’un, forcément quelqu’un d’exceptionnel à défaut d’être un dieu, eh bien on « rend hommage ».
Non, on ne rend pas hommage à une victime qui n’a fait qu’être au mauvais endroit au mauvais moment. On rend hommage à quelqu’un qui mérite nos hommages par son action méritoire, par son exceptionnelle influence, par sa haute vertu ou sainteté. Assister à un concert de rock décadent n’est pas une action qui mérite un hommage.
Mais à force de rendre hommage on en arrive à cette absurdité sans nom que François Hollande va donner la Légion d’honneur – la distinction de l’Etat qui honore – aux 130 victimes des récents attentats.
La Légion d’honneur était déjà trop souvent déshonorée par la « qualité » de certains récipiendaires, mais là c’est l’institution elle-même qui va être irrémédiablement dévoyée.