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Melchisédech

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La lecture des matines est le chapitre 14 de la Genèse. C’est le récit de la curieuse guerre des « cinq rois contre quatre », qui se termine par le rapt de Lot et de tous ses gens et de tous ses biens, mais, l’apprenant, Abraham mobilise 318 serviteurs et va libérer Lot, ses gens et ses biens.

Et c’est alors qu’au détour du récit apparaît brièvement un personnage appelé Melchisédech. Il est le roi de Salem, il offre du pain et du vin parce qu’il est prêtre du Très-Haut, il bénit Abraham, et Abraham lui donne la dîme de toutes choses. Point final. On n’entendra plus jamais parler de ce Melchisédech, qui est pourtant au-dessus d’Abraham, patriarche du peuple élu et père des croyants, puisque c’est lui qui bénit et qui reçoit la dîme.

Plus mystérieux encore que cette fugitive apparition est le psaume 109 où, brusquement, Dieu dit « à mon Seigneur », et le « jure » : « Tu es prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech. » Propos incompréhensible, puisqu’il ne peut pas y avoir d’autres prêtres en Israël que des descendants d’Aaron.

C’est évidemment le Christ qui donnera la clef du mystère, en sa personne, en son propre corps. L’épître aux Hébreux explique pourquoi et comment Jésus est prêtre selon l’ordre de Melchisédech, et Melchisédech va être cité au canon de la messe, dans une sublime prière qui l’associe à Abel et à Abraham. A eux trois ils sont la prophétie totale du Saint Sacrifice de la messe : Abel sacrifie un agneau qui est cet Agneau immolé depuis le début du monde dont parle l’Apocalypse à l’autre extrémité de la Sainte Ecriture, Abraham sacrifie son fils bien aimé mais c’est un sacrifice non sanglant, et Melchisédech offre le pain et le vin, qui sont l’Agneau, le Fils, le corps et le sang de la Nouvelle Alliance, qui dépasse infiniment l’ancienne.

C’est ce qu’exprime admirablement la mosaïque de Ravenne.