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L’Exode et les charlatans

Puisque selon la liturgie latine traditionnelle la lecture de la semaine est l’Exode, je lis l’Exode. Et puisque jusqu’ici j’avais quelque peu boudé les bibles en français, je me suis mis à la Bible de Jérusalem. Et je découvre à quel point les notes relèvent de l’exégèse historico-critique. C’est tellement puéril que c’en est parfois franchement hilarant.

En ce qui concerne la manne et les cailles que Dieu fait tomber du ciel autour du campement dans le désert, la Bible de Jérusalem affirme que c’est un « passage composite et d’analyse difficile ». Le récit est pourtant clair comme de l’eau de roche… Mais non. Car j’apprends que la manne, c’est la sécrétion d’insectes vivant sur certains tamaris, seulement dans la région centrale du Sinaï, et qui se récolte en mai-juin, alors que les cailles, épuisées de leur migration en Europe, ne tombent qu’en septembre et seulement sur la côte. Sic.

Ce délire rationaliste à prétention scientifique devenant l’incontestable vérité, il reste à trouver une explication rationnelle du texte biblique. Eh bien la voici : ce passage est une nouvelle preuve de ce qu’on savait déjà des chapitres précédents : il y a eu deux groupes d’Hébreux qui sont sortis d’Egypte séparément et à des dates différentes. L’un a été expulsé, l’autre est parti de lui-même. L’un est passé par le centre du désert du Sinaï et a mangé la « manne » en mai-juin, l’autre est passé par la côte et a mangé des cailles en septembre… Il y avait donc originellement deux récits, qui ont été amalgamés en un seul.

Cette dernière explication est un véritable leitmotiv. Le grand jeu consiste à déterminer les deux, trois ou quatre récits incompatibles (les fameux yahviste, elohiste, sacerdotal, deutéronomiste, indéterminé…) qui ont été fondus en un seul ou juxtaposés…

On la retrouve par exemple dans la théophanie du Sinaï. Certaines expressions montrent qu’il s’agit d’une éruption volcanique (sic – j’avoue que je n’y avais pas pensé…). D’autres évoquent un terrible orage. Il y a donc (sic) deux traditions. Mais ce qui prime est l’éruption volcanique. Problème : la montagne que l’on appelle du Sinaï n’est pas un volcan. Il y a donc eu erreur de localisation. Le vrai Sinaï biblique était dans le sud de la péninsule arabique, où il y avait alors des volcans en activité…

Ce qui est hilarant est de penser que les très doctes exégètes qui écrivent ces stupidités y croient. Ce qui l’est moins est que ce sont de graves impiétés, à la limite du blasphème, et ce qui ne l’est plus du tout est que des braves gens lisent cela et croient que c’est ainsi qu’on doit interpréter la Bible…

(On remarque aussi que ces exégètes nous laissent en plan à la première difficulté pratique. Par exemple, alors que tout doit avoir une explication rationnelle, ils oublient de nous expliquer comment Moïse peut rester 40 jours au sommet d’un volcan en éruption…)