« Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés. »
Ce précepte du Seigneur ne peut pas être pris de façon absolue et universelle : ce n’est pas une condamnation de tout système judiciaire… A fortiori ce n’est pas une condamnation de tout jugement porté sur des comportements, des idées, des projets, des réalisations.
Il doit être lié à une brève parabole qui le suit de près, deux versets après dans l’évangile de saint Luc, quatre versets après dans l’évangile de saint Matthieu : la paille et la poutre. Et aussi à la parabole du pharisien et du publicain.
Bref il s’agit des relations humaines. Le jugement qui est condamnable est le jugement qui est en même temps une médisance. C’est le jugement qui pointe le prochain du doigt en le désignant comme pécheur. Alors que je suis moi aussi pécheur, et le premier des pécheurs : au lieu de pointer du doigt la paille que je crois voir dans son œil, je ferais bien d’essayer d’enlever la poutre qui est réellement dans le mien.
Dans ces cas-là je ne dis pas « Qui suis-je pour juger ? », car je le sais très bien : je ne juge pas mon frère parce que je dois me juger moi-même.
Si l’on me demande ce que pense l’Eglise de tel ou tel comportement, de telle ou telle situation, et que l’Eglise a une doctrine précise sur ce comportement ou cette situation, je n’ai pas le droit de répondre « Qui suis-je pour juger ? ». Si l’Eglise condamne, je dois dire que l’Eglise condamne, et pourquoi. Ce n’est pas moi qui juge, c’est le Seigneur à travers l’Eglise. Refuser de dire ce que dit l’Eglise, c’est barrer la route à la vérité, donc aussi à la miséricorde, qui ne peut exister sans la vérité.