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Samedi des quatre temps de Pentecôte

Spíritus, ubi vult, spirat : et vocem ejus audis, allelúia, allelúia : sed nescis, unde véniat aut quo vadat, allelúia, allelúia, allelúia.

Les moniales d’Argentan :
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Le bienheureux cardinal Schuster :

L’antienne de la Communion contient une dernière allusion à l’octave de la Pentecôte et au temps pascal qui va s’achever. L’alléluia lui-même, au moins selon l’ancien rite grégorien, est prêt à s’envoler et à retourner au ciel : Sed nescis unde veniat aut quo vadat : alleluia, alleluia, alleluia. Ce chant est tiré de saint Jean (III, 8) « L’Esprit souffle où il veut ; tu entends son souffle, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Alléluia, Alléluia, Alléluia. »

II est vrai que le texte grec de l’Évangile parle ici, non du Saint-Esprit, mais du vent. Toutefois, comme Jésus s’est précisément servi de l’image du vent pour expliquer à Nicodème le caractère suprasensible et surnaturel de la grâce de l’Esprit Saint, ainsi l’emploi que fait de ce verset la liturgie romaine au moment où se clôt le cycle de la Pentecôte, n’est nullement arbitraire.

Il est d’autant moins arbitraire que la phrase se termine ainsi : « sic est omnis qui natus est ex spiritu », ce qui ne peut se traduire que par : « il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit ». Et Jésus venait de dire : « Quod natum est ex carne, caro est : et quod natum est ex spiritu, spiritus est », où spiritus ne peut pas vouloir dire vent : « Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. »

En fait Jésus joue sur les deux sens du mot (en grec c’est pneuma), comme il le fait, dans le même dialogue avec Nicodème, avec le mot ἄνωθεν, anothen. Ce mot peut vouloir dire « d’en haut » ou « de nouveau ». Jésus dit qu’il faut naître d’en haut. Nicodème comprend qu’il faut naître de nouveau, et ne voit pas comment il pourrait retourner dans le ventre de sa mère. Mais pour Jésus, naître de nouveau, c’est naître d’en haut. « Ne t’étonne pas que je t’ai dit : il faut que vous naissiez de nouveau (d’en haut). Le vent (pneuma, spiritus) souffle où il veut… »

Le cardinal Schuster termine sa notice par ces lignes remarquables :

La sainte messe clôt dignement le temps pascal. Désormais la Rédemption est accomplie, et le Saint-Esprit est venu comme pour en assurer définitivement l’efficacité, moyennant le caractère sacramentel qu’il imprime dans l’âme. Telle est la propriété personnelle du divin Paraclet : il accomplit, termine, opère toujours quelque chose de définitif, à l’égal d’une conclusion qui, inévitablement et inébranlablement, sort des prémisses. C’est la raison pour laquelle les péchés contre le Saint-Esprit n’obtiennent, en fait, jamais le pardon : ils représentent l’obstination définitive de l’âme dans la haine suprême contre le souverain amour.

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Vendredi des quatre temps de Pentecôte

Dans son livre sur la Messe, paru en allemand en 1877 et en français en 1901, l’abbé Nicolas Gihr (qui était chancelier du séminaire de Fribourg) écrit ceci à propos de l’encensement à l’offertoire :

Cette cérémonie et les paroles dont elle est accompagnée se complètent et s’éclairent mutuellement ; elles sont une exposition symbolique et une continuation de l’offertoire. Ces cercles et ces signes de croix tracés par la fumée de l’encens forment une sorte d’atmosphère mystérieuse et sacrée qui sanctifie les éléments du sacrifice ; ces grains d’encens qui se consument sur le feu et montent au ciel comme une vapeur embaumée et agréable, semblent exprimer la demande que le pain et le vin ne tardent pas à être consumés par le feu de l’Esprit Saint pour faire place au corps et au sang du Sauveur. C’est une suite de l’invocation à l’Esprit Saint (1). Cette fumée qui entoure les dons offerts et les fidèles continue la prière faite précédemment, que le sacrifice eucharistique soit agréé pour notre salut et celui de tout le monde, pro nostra et totius mundi salute.

Le (1) renvoie à une note qui donne le texte de la secrète de ce jour :

« Sacrifícia, Dómine, tuis obláta conspéctibus, ignis ille divínus absúmat, qui discipulórum Christi, Fílii tui, per Spíritum Sanctum corda succéndit. Per eúndem Dóminum…

Les sacrifices offerts en votre présence, Seigneur, que les consume ce feu divin qui embrasa les cœurs des disciples du Christ votre Fils par l’Esprit Saint.

Le verbe absumo, qui veut dire « consumer » dans le sens de détruire, anéantir (sans lien a priori avec le feu), ne se trouve que deux fois dans la Bible latine de saint Jérôme, les deux fois dans le Lévitique, à quelques versets de distance (7,17 et 8,32), les deux fois dans le cadre d’un sacrifice, et les deux fois il s’agit de détruire par le feu ce qui reste d’un sacrifice. Dans notre oraison, il s’agit également de sacrifice – l’unique vrai sacrifice -, et aussi de feu – le feu du Saint-Esprit -, mais ce feu va détruire non pas ce qui reste du sacrifice, il va détruire le pain et le vin qui sont offerts pour les transmuter en chair et sang divins, comme le souligne l’abbé Gihr.

On remarque aussi la précision de l’oraison : le feu, aussi spirituel et divin qu’il soit, n’est pas le Saint-Esprit, mais le mode d’action du Saint-Esprit.

(Cela me fait penser au premier vers de la séquence de sainte Hildegarde que je citais hier – parce que dom Guéranger la cite en ce jour. Il y a une faute dans le texte cité par dom Guéranger : il écrit, parce qu’il l’a vu ainsi : « O Ignis Spiritus paraclite », ce qui veut dire « O Feu, Esprit paraclet ». Mais sainte Hildegarde a écrit : « O Ignis Spiritus paracliti » : « O Feu de l’Esprit paraclet ».)

Mardi de Pâques

L’évangile de ce jour est la suite de celui d’hier. Les « pèlerins d’Emmaüs » sont revenus à Jérusalem et viennent à peine de raconter aux apôtres ce qui leur est arrivé que Jésus est là.

Et la scène est globalement la même : Jésus mange avec les apôtres, et il leur dit : « C’est là ce que je vous disais lorsque j’étais encore avec vous, qu’il fallait que s’accomplît tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les psaumes. »

Et l’évangéliste ajoute :

« Alors il leur ouvrit l’esprit, afin qu’ils comprissent les Écritures. »

Avec le même verbe « ouvrir » qui avait été utilisé deux fois déjà pour les pèlerins d’Emmaüs.

Tout cela correspond exactement à ce que disait saint Pierre dans l’épître d’hier : « Il nous a fait ce don qu’il se montre visible, non à tout le peuple, mais à des témoins choisis d’avance par Dieu, c’est-à-dire à nous qui avons mangé et bu avec lui après qu’il fut ressuscité des morts. »

Saint Pierre commençait par dire : « Nous, nous sommes témoins de tout ce que Jésus a fait », et il terminait ainsi, après avoir évoqué la Passion et la résurrection le troisième jour : « A lui tous les prophètes rendent ce témoignage, que quiconque croit en lui recevra, par son nom, la rémission de ses péchés. » C’est précisément ce que dit le Christ dans l’évangile de ce jour : « Ainsi il est écrit que le Christ devait souffrir et ressusciter des morts le troisième jour, et que le repentir pour la rémission des péchés doit être prêché en son nom à toutes les nations. »

C’est ce que disait Dieu par Isaïe (43) : « Vous êtes Mes témoins, dit le Seigneur, vous et Mon Serviteur que J’ai choisi; afin que vous sachiez, que vous Me croyiez, et que vous compreniez que c’est Moi-même qui suis; avant Moi il n’a pas été formé de Dieu, et après Moi il n’y en aura pas. C’est Moi, c’est Moi qui suis le Seigneur, et hors de Moi il n’y a pas de sauveur. C’est Moi qui ai annoncé et qui ai sauvé, Je vous ai fait entendre l’avenir, et il n’y a pas eu parmi vous de dieu étranger : vous êtes Mes témoins, dit le Seigneur, et c’est Moi qui suis Dieu. »

Les témoins que Jésus s’est choisis, ceux avec qui il a partagé le pain et le vin, sont les apôtres, auxquels il a « ouvert » les Ecritures, et qui sont donc le véhicule de la tradition.

Lundi de Pâques

L’évangile est l’épisode des pèlerins d’Emmaüs. Il y a dans cet épisode une phrase qui est aujourd’hui plus frappante qu’elle ne l’a jamais été :

Et incípiens a Móyse et ómnibus Prophétis, interpretabátur illis in ómnibus Scriptúris, quæ de ipso erant.

Et, commençant par Moïse et tous les prophètes, il leur expliquait dans toutes les Ecritures ce qui le concernait.

On a là l’un des propos évangéliques les plus nets sur l’importance de la tradition. Il y a les Ecritures, et il y a tout ce que le Christ a expliqué à ses disciples en leur interprétant l’Ecriture, et qu’ils devaient transmettre dans et par l’Eglise. Le verbe grec veut dire interpréter, exposer, c’est le mot celui qui a donné « herméneutique », le verbe latin, interpretare, veut dire expliquer, interpréter, donner la signification, donc l’herméneutique.

Et les deux hommes font écho ensuite au propos de Jésus : Est-ce que notre cœur n’était pas ardent en nous pendant qu’il nous parlait sur le chemin, et nous ouvrait les Ecritures ?

En grec comme en latin, c’est bien le verbe « ouvrir » qui est utilisé, comme dans la phrase précédente, quand leurs yeux s’étaient « ouverts » à la fraction du pain.

L’ouverture des Ecritures dépasse de loin la seule explication de texte. C’est une lumière spirituelle qui leur est donnée, qui leur fait voir la réalisation des Ecritures en un instant. Un peu comme lorsque saint Grégoire dit à propos de la vision de saint Benoît : « Le monde entier, comme rassemblé sous un seul rayon de soleil, fut offert à ses yeux. »

C’est ce qui ressort même du propos de saint Luc sur ce que fait le Christ : il commence par Moïse, c’est-à-dire qu’il « commence » par… le Pentateuque, les cinq premiers livres de la Bible, rédigés par Moïse selon la tradition, et par les Prophètes, par « TOUS les prophètes », il leur faisait l’herméneutique de « TOUTES les Ecritures » pour ce qui le concernait.

Quelle que soit la longueur du trajet, Jésus n’a pu expliquer par la parole humaine qu’une infime partie de cela. Mais il leur a donné l’intelligence des Ecritures, de façon générale, intelligence qui sera vivifiée et rendue pleinement opérationnelle par la Pentecôte.

Il est remarquable que ce verset, qui est d’une importance capitale depuis la réforme protestante, est négligé par les Pères de l’Eglise. Car pour eux, qui sont des témoins tout particuliers de cette tradition, c’est une évidence, et il n’y a donc pas à épiloguer, il n’y a rien à expliquer…

Toutefois la liturgie l’a retenu. Cette phrase est devenue une antienne de l’office du lundi de Pâques, et parfois aussi le premier répons des matines. L’office de la semaine pascale étant, depuis saint Pie V, celui du jour de Pâques, l’antienne a disparu. De l’office de ce jour. Car elle existe toujours : c’est l’antienne de Benedictus du mardi de la troisième semaine après l’octave de Pâques.

Donec veniat…

Aujourd’hui se termine la lecture de la Genèse, selon les dispositions du bréviaire. Or c’est à la fin de la Genèse que nous avons la prophétie que prononce Jacob sur ses 12 fils, pères des 12 tribus d’Israël. Or la prophétie sur Juda annonce le Christ, et la coïncidence est remarquable, cette année, avec la fête de l’Annonciation.

Non auferetur sceptrum de Juda, et dux de femore ejus, donec veniat qui mittendus est, et ipse erit expectatio gentium.

Le sceptre ne sera pas ôté de Juda, et le chef de sa cuisse, jusqu’à ce que vienne celui qui doit être envoyé, et lui il sera l’attente des nations. (Genèse 49,10)

Ainsi parle la Vulgate. La Septante dit la même chose de façon légèrement différente :

Le prince ne disparaîtra pas de Juda, et le chef de ses cuisses, jusqu’à ce que vienne ce qui lui est réservé, et lui (il est) l’attente des nations.

Mais les traductions modernes, soi–disant sur le « texte original », estompent la prophétie ou la gomment carrément. Toutes parlent du « bâton entre ses pieds », alors que le texte de saint Jérôme comme celui des Septantes dit qu’il sortira toujours un chef de la cuisse de Juda (le mot “cuisse” étant dans la Bible un euphémisme pour le sexe masculin – comme la cuisse de Jupiter), et ensuite, se trouvant devant un mot inconnu (Sh.l.h) elles inventent : « jusqu’à ce que vienne Shilo », ou « le Shilo », ce qui est absurde. Crampon invente « le Pacifique » en voyant un “m“ à la place du “h” – ce que la Bible du rabbinat avait, curieusement, déjà fait avant lui. La Bible de Jérusalem dit même : « jusqu’à ce que le tribut lui soit apporté », ce qui ne repose plus sur rien du tout dans le texte…

Et naturellement il n’y a plus d’attente des nations…

Ainsi est niée la liturgie de l’Avent, qui a fait de ce verset un répons des matines de la quatrième semaine, en y ajoutant le verset 12 : « Pulchriores sunt oculi ejus vino, et dentes ejus lacte candidiores. » Ses yeux sont plus beaux que le vin, et ses dents plus blanches que le lait. Verset qui a une saveur de Cantique des cantiques et renvoie par là, de même, au Christ, comme la liturgie l’a bien compris. Mais pour la Bible de Jérusalem (et Osty) « ses yeux sont troubles de vin », pour Crampon ils sont « rouges de vin », et pour la TOB ils sont… « plus sombres que le vin »… Amis de la poésie sacrée bonsoir…

Jeudi de la troisième semaine de carême

Dans l’évangile de ce jour, on voit d’abord Jésus faire un miracle, son deuxième miracle selon saint Luc. Il sort de la synagogue où il vient de guérir un possédé. Il entre chez saint Pierre, et guérit la belle-mère de l’apôtre, qui souffrait d’une forte fièvre. Un miracle atypique : Luc ne rapporte explicitement ni profession de foi, ni paroles, ni gestes. Il dit seulement que Jésus « debout au-dessus d’elle commanda à la fièvre et elle la laissa ». Peu après, le soir venu (après l’heure de clôture du sabbat), on voit Jésus opérer de nombreuses guérisons. Ici saint Luc précise que Jésus leur imposait les mains. Puis il s’en va dans un lieu désert, mais la foule le suit et tente de le retenir. Alors il leur dit qu’il doit annoncer la bonne nouvelle (evangelizare) du Royaume de Dieu dans d’autres villes que Capharnaum. « Car c’est pour cela que j’ai été envoyé. »

Juste après les premiers miracles, Jésus parle, pour la première fois, de sa mission, qui est de prêcher le Royaume de Dieu. Le théologien protestant Philippe Menoud (par ailleurs très hétérodoxe), montre bien la connexion entre la parole et les miracles :

Ce sont deux moyens de révélation qui s’appuient l’un l’autre pour ainsi dire ; la parole rappelle que la valeur du miracle n’est pas dans sa forme, mais dans son contenu, et ce contenu, c’est l’annonce de la Rédemption. D’autre part, le miracle rappelle que cette parole de salut n’est pas une simple parole vide et vaine, mais une parole-énergie, une parole-acte, la parole de Celui pour lequel dire et faire sont un.

– Sur l’introït de la messe de ce jour (Salus populi), voir ici.

– Sur la « bienheureuse solennité des saints Côme et Damien » en ce jour, voir ici.

Mercredi de la deuxième semaine de carême

La première lecture de la messe d’aujourd’hui est la belle prière de Mardochée, dans le livre d’Esther, adaptée – sans aucun doute de très bonne heure – pour son usage liturgique : les versets 12 à 14, qui ne concernent que Mardochée lui-même, sont supprimés, afin que la prière prenne un sens universel, et on a ajouté à la fin « Domine Deus noster ».

Cette prière de Mardochée, dont le texte originel est grec, est un indice parmi tant d’autres, ou plutôt une preuve, que les juifs parlaient grec et priaient en grec bien avant la naissance du Sauveur.

C’est une prière qui suit un très antique schéma de prière israélite. Elle commence par la confession de la grandeur et de la toute-puissance de Dieu (les prières plus longues ajoutent les bienfaits de Dieu pour les pères, de façon plus ou moins développée), et la deuxième partie, qui commence toujours par « et maintenant », ou « eh bien maintenant », est la demande spécifique qui est faite à Dieu pour qu’il délivre son peuple du fléau actuel, lui qui a libéré les Hébreux d’Egypte.

Dans le livre d’Esther (dans les ajouts grecs au livre d’Esther), la prière de Mardochée est suivie de la prière d’Esther elle-même, sur le même modèle, et qui est spécialement remarquable dans la vieille version latine où Esther cite les 7 personnes (ou groupes) spécialement sauvées par Dieu, qui sont l’objet des cantiques de l’antique liturgie tirés de la Bible tels qu’on les trouve dans l’Alexandrinus (première moitié du Ve siècle).

Il se trouve que ce schéma de prière, dont les derniers exemples de l’Ancien Testament sont donc en grec dans le livre d’Esther, sera repris dans ce qui est la toute première prière communautaire chrétienne, au chapitre 4 des Actes des apôtres (versets 24-30). Elle est en outre très proche de celle de Mardochée, puisque sa première partie évoque la persécution subie et non les « pères » qui furent sauvés.

In diébus illis : Orávit Mardochǽus ad Dóminum, dicens :

Dómine, Dómine, Rex omnípotens, in dicióne enim tua cuncta sunt pósita, et non est, qui possit tuæ resístere voluntáti, si decréveris salváre Israël. Tu fecísti cælum et terram, et quidquid cæli ámbitu continétur. Dóminus ómnium es, nec est, qui resístat maiestáti tuæ.

Et nunc, Dómine Rex, Deus Abraham, miserére pópuli tui, quia volunt nos inimíci nostri pérdere, et hereditátem tuam delére. Ne despícias partem tuam, quam redemísti tibi de Ægýpto. Exáudi deprecatiónem meam, et propítius esto sorti et funículo tuo, et convérte luctum nostrum in gáudium, ut vivéntes laudémus nomen tuum, Dómine, et ne claudas ora te canéntium, Dómine, Deus noster.

En ces jours-là, Mardochée pria le Seigneur et il dit :

Seigneur, Seigneur, roi tout-puissant, toutes choses sont soumises à ton pouvoir, et nul ne peut résister à ta volonté, si vous as résolu de sauver Israël. Tu as fait le ciel et la terre, et tout ce qui est contenu dans l’enceinte du ciel. Tu es le Seigneur de toutes choses, et nul ne peut résister a ta majesté.

Et maintenant, Seigneur, roi, Dieu d’Abraham, aie pitié de ton peuple parce que nos ennemis veulent nous perdre et détruire ton héritage. Ne méprise pas ce peuple qui est ton partage, que tu as racheté de l’Egypte pour toi. Exauce ma prière, et sois propice à une nation qui est ta part et ton héritage, et change notre deuil en joie, afin que, vivants, nous glorifiions ton nom, Seigneur, et ne ferme pas la bouche de ceux qui chantent ta louange, Seigneur notre Dieu.

Sainte Geneviève

. Nova bella elegit Dominus ; mulier timens Dominum custodit civitatem, * Dumque una virgo praeliabatur, stellae adversus Attilam pugnaverunt.
. Per fidem unius, fortes facti sunt omnes in bello, et castra verterunt exterorum. * Dumque una virgo praeliabatur, stellae adversus Attilam pugnaverunt.

Le Seigneur a choisi une nouvelle forme de guerre : une femme craignant Dieu garde la cité, * Et tandis que la vierge combattait seule, les étoiles combattirent contre Attila.
Par la foi d’une seule tous ont été rendus courageux dans la guerre, et ont renversé le camp des étrangers. * Et tandis que la vierge combattait seule, les étoiles combattirent contre Attila.

Ce répons des matines, dans le propre de Paris, est inspiré par le cantique de Débora (Juges 5). Le verset qui commence par Nova bella elegit Dominus est aussi celui du graduel de la messe de sainte Jeanne d’Arc. On notera qu’il est propre à la Vulgate. L’hébreu massorétique, et le grec de la Septante, ont : « Il (le peuple) choisit de nouveaux dieux ». Le texte de la Vulgate est mieux en situation, à la fois dans le contexte, et dans le déroulement de l’histoire sainte, Débora étant la première femme d’Israël qui sauve le peuple, parce que Dieu a choisi cette nouvelle forme de combat, celui qui donne une « mère » au peuple élu…

Au temps de Samgar, fils d’Anath, au temps de Jahel, les routes étaient abandonnées, et ceux qui voyageaient marchaient par des sentiers détournés. On a cessé de voir de vaillants hommes dans Israël. Il ne s’en trouvait plus, jusqu’à ce que Débora se fût élevée, jusqu’à ce qu’il se fût élevé une mère en Israël. Le Seigneur a choisi de nouveaux combats, et Il renverse Lui-même les portes des ennemis; tandis qu’auparavant on ne voyait ni bouclier ni lance parmi quarante mille Israélites. Mon cœur aime les princes d’Israël. Vous qui vous êtes exposés volontairement au péril, bénissez le Seigneur. (…) Qu’au lieu où les chars ont été brisés, l’armée des ennemis taillée en pièces, on publie la justice du Seigneur et Sa clémence envers les braves d’Israël. Alors le peuple du Seigneur a paru aux portes des villes, et il s’est acquis la principauté. Lève-toi, lève-toi, Débora; lève-toi, lève-toi, et chante un cantique… (Juges 5,6-12, traduction Fillion)

Non, Jean-Baptiste n’a pas douté

Certes, il est beaucoup moins grave d’affirmer que saint Jean-Baptiste a douté de Jésus, que de laisser entendre que la Mère de Dieu doutait de son Fils. Toutefois ce n’est ni digne ni cohérent. Lorsque saint Jean-Baptiste en prison envoie des disciples à Jésus, c’est pour que les disciples comprennent de visu que Jésus est vraiment le Messie que Jean annonçait, malgré ce qu’on leur raconte (par exemple : si ses disciples ne jeûnent pas, alors que nous jeûnons, c’est qu’il ne doit pas être le Messie.)

Voici ce qu’en disent saint Jérôme, saint Jean Chrysostome, saint Hilaire, et l’ample mise en scène oratoire qu’en fait Bossuet. J’ai la faiblesse de croire qu’ils ont autant d’autorité en la matière (euphémisme) que l’ancien archevêque de Buenos Aires.

Saint Jérôme :

Ce n’est point par ignorance qu’il interroge, mais de la même manière que le Sauveur demandait en quel endroit le corps de Lazare avait été déposé, afin de préparer ainsi à la foi ceux qui lui indiquaient le lieu de sa sépulture, et de les rendre témoins de la résurrection d’un mort. C’est ainsi que Jean-Baptiste, sur le point d’être mis à mort par Hérode, envoie ses disciples à Jésus-Christ, pour qu’ils aient occasion de voir ses miracles et ses prodiges, et qu’ils puissent croire en lui, et s’instruire eux-mêmes en l’interrogeant au nom de leur maître.

Saint Jean Chrysostome :

Tant que Jean-Baptiste était avec eux, il leur parlait sans cesse du Christ, c’est-à-dire qu’il leur recommandait de croire en lui ; mais sentant sa mort prochaine, il redouble de zèle, car il craint de laisser dans ses disciples un levain de dangereuse erreur, et il redoute qu’ils ne demeurent éloignés de Jésus-Christ, à l’école duquel il a voulu les renvoyer tous dès le commencement. S’il leur avait dit : Allez à lui, parce qu’il est bien au-dessus de moi, il ne les aurait pas persuadés ; ils auraient cru qu’il parlait ainsi par un profond sentiment d’humilité, et ils lui seraient restés plus attachés qu’auparavant. Que fait-il donc ? Il attend que ses disciples viennent lui rapporter eux-mêmes que le Christ fait des miracles ; et parmi eux tous il n’en envoie que deux qu’il regardait peut-être comme plus faciles à être convaincus. Il les envoie afin que sa demande ne prête à aucun soupçon et qu’ils apprennent par les faits eux-mêmes la distance qui les sépare de Jésus-Christ. Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui connaissait la pensée de Jean, ne dit pas  » C’est moi ;  » car cette réponse aurait indisposé ceux qui l’entendaient ; ils auraient pu penser, quand ils ne l’auraient pas dit, ce que les Juifs lui objectèrent plus tard :  » Vous vous rendez donc témoignage à vous-même ?  » Il veut donc les instruire à l’école de ses miracles, pour donner ainsi à sa doctrine une autorité plus éclatante et plus irrécusable ; car le témoignage des oeuvres est plus digne de foi que le témoignage des paroles. Il guérit donc sous leurs yeux des aveugles, des boiteux, et beaucoup d’autres malades, non pour l’enseignement de Jean-Baptiste, qui n’en avait pas besoin, mais pour l’instruction de ses disciples qui étaient dans le doute.

Saint Hilaire :

Il est certain que l’erreur ne s’est point mêlée à cette connaissance parfaite qu’avait saint Jean, lui qui avait annoncé comme précurseur la venue du Messie, qui comme prophète le reconnut au milieu de la foule, et comme confesseur, rendit hommage au Sauveur qui venait à lui. On ne peut admettre que la grâce de l’Esprit saint lui ait fait défaut dans la prison, alors que plus tard l’apôtre devait répandre la lumière de sa puissance sur ceux qui partageaient ses fers. Jean-Baptiste n’agit donc pas ici pour éclairer son ignorance, mais pour dissiper celle de ses disciples ; il les envoie considérer les œuvres de Jésus afin de leur apprendre qu’il n’en a point annoncé un autre que lui, que ses prodiges donnent une nouvelle autorité à ses paroles, et qu’ils n’attendent pas un autre Christ que celui qui avait pour lui le témoignage des œuvres.

Bossuet :

Si vous voyez aujourd’hui que saint Jean-Baptiste envoie ses disciples à notre Sauveur pour lui demander quel il est, ne vous persuadez pas pour cela que l’Elie du Nouveau Testament et le grand précurseur du Messie ait ignoré le Seigneur auquel il venait préparer les voies. Je sais qu’il y a eu quelques personnes très doctes, et entre autres le grave Tertullien, qui ont cru que dans le temps que saint Jean-Baptiste fit faire cette question au Sauveur, la lumière prophétique qui l’avait jusqu’alors éclairé avait été éteinte en son âme; mais je ne craindrai point de vous dire, avec le respect que je dois aux auteurs de ce sentiment, qu’il n’y a aucune vraisemblance dans cette pensée. « Abraham a vu le jour de Notre Seigneur ; Isaïe a vu sa gloire et nous eu a parlé », nous dit l’Evangéliste saint Jean ; tous les prophètes l’ont connu en esprit ; et le plus grand des prophètes l’aura ignoré ! Celui qui a été envoyé pour rendre témoignage de la lumière, aura été lui-même dans les ténèbres ! Et après avoir tant de fois désigné au peuple cet Agneau de Dieu qui purge les péchés du monde, après avoir vu le Saint-Esprit descendre sur lui lorsqu’il voulut être baptisé de sa main, tout d’un coup il aura oublié ce qu’il a fait connaître à tant de personnes ? Vous voyez bien, Fidèles, que cela n’a aucune apparence.

Mais pourquoi donc, direz-vous, pourquoi lui envoyer ses disciples pour s’informer de lui s’il est vrai qu’il soit le Messie ? Qui interroge, il cherche ; qui cherche, il ignore. S’il connaissait quel était Jésus-Christ, quelle raison peut-il avoir de le lui faire demander ? Ne craignait-il pas que son doute ébranlât la foi de plusieurs et diminuât beaucoup de l’autorité du témoignage certain qu’il a si souvent rendu au Sauveur? — C’est tout ce qu’on nous peut opposer. Mais cette objection ne m’étonne pas ; au contraire, ce qu’on m’oppose, je veux le tirer à mon avantage. Je dis qu’il interroge parce qu’il sait ; il demande au Sauveur Jésus quel il est, parce qu’il connaît très bien quel il est. Comment cela, direz-vous? — C’est ici, chrétiens, la vraie explication de notre évangile et le fondement nécessaire de tout ce discours. Saint Jean, qui connaissait le Sauveur qu’il avait prêché tant de fois, savait bien qu’il n’appartenait qu’à lui seul de dire quel il était et de se manifester aux hommes, desquels il venait être le précepteur. C’est pourquoi il lui envoie ses disciples, afin qu’ils soient instruits par lui-même touchant sa venue, que lui seul était capable de nous déclarer. Ainsi n’appréhendez pas, chrétiens, qu’il détruise le témoignage qu’il a donné de Notre Seigneur ; car lui faisant demander à lui-même ce qu’il faut croire de sa personne, il fait bien voir qu’il reconnaît en lui une autorité infaillible et qu’il ne lui envoie ses disciples que pour être formés de sa main et enseignés de sa propre bouche. Ne pouvant plus annoncer sa venue aux hommes, parce qu’il était retenu aux prisons d’Hérode, il prie Notre Seigneur de se faire connaître lui-même ; et lui faisant faire cette ambassade en présence de tout le peuple, il a dessein de tirer de lui quelque instruction mémorable pour les spectateurs, qui s’imaginaient le Messie tout autre qu’il ne devait être.

En effet, il ne fut point trompé. Jésus, qui connaissait sa pensée et qui voulait récompenser son humilité, fait voir à ses disciples les effets de sa puissance infinie. Il guérit devant eux tous les malades qui se présentèrent; il leur découvre son cœur; il leur donne des avis importants pour connaître parfaitement le secret de Dieu et détruire une fausse idée du Messie qui avait préoccupé les Juifs trop charnels ; et sachant que son bien-aimé précurseur ne pouvait avoir de plus grande joie que d’apprendre la gloire de son bon maître, il commande aux envoyés de saint Jean de lui en rapporter les nouvelles, lui voulant donner cette consolation dans une captivité qu’il souffrait pour l’amour de lui. « Allez-vous-en, dit-il, rapporter à Jean » les merveilles que vous avez vues » ; dites-lui que les sourds entendent, que les aveugles reçoivent la vue, que la vie est rendue aux morts, que l’Évangile est annoncé aux pauvres, et qu’heureux est celui qui n’est point scandalisé en moi. Comme s’il eût dit : Les Juifs, trompés par l’écorce de la lettre et par les sentiments de la chair, attendent le Messie comme un puissant roi qui, se mettant à la tête de grandes armées, subjuguera tous leurs ennemis et qui se fera reconnaître par l’éclat d’une pompe mondaine et par une magnificence royale. Mais Jean, instruit des secrets de Dieu, sait qu’il doit être manifesté par des marques bien plus augustes, encore que selon le monde elles aient beaucoup moins d’apparent. Allez-vous-en donc, et lui racontez les guérisons admirables que vous avez vues de vos propres yeux. Dites-lui que l’auteur de tant de miracles ne dédaigne pas de converser parmi les pauvres; au contraire, qu’il les assemble près de sa personne pour les entretenir familièrement des mystères du royaume de Dieu et des vérités éternelles; et toutefois que nonobstant et le pouvoir par lequel je fais de si grandes choses, et l’incroyable douceur par laquelle je condescends à l’infirmité des plus pauvres et des plus abjects, bienheureux est celui à qui je ne donne point de scandale. Dites ceci à Jean ; à ces marques il connaîtra bien qui je suis.

Tel est le sens de tout ce discours, très court en apparence et très simple, mais plein d’un si grand sens et de tant de remarques illustres tirées des prophéties anciennes qui parlent de la grandeur du Messie, que toute l’éloquence humaine ne suffirait pas à vous en étaler les richesses.