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A propos de l’apéro géant saucisson-pinard

Je n’ai pas dit un mot, jusqu’ici, de l’affaire de l’apéro géant saucisson-pinard de la Goutte d’Or. J’ai seulement répercuté, hier, le communiqué de Yann Baly, qui dit l’essentiel sur la dhimmitude des autorités. L’affaire aura eu le (grand) mérite de souligner cette situation* et de la porter à la connaissance du plus grand nombre, puisque les grands médias ont été contraints de se faire l’écho d’une initiative qui restait jusque-là confinée (si l’on peut dire) à internet.

L’initiative est venue d’une habitante du quartier. Elle a été rapidement relayée, d’un côté par Riposte laïque, de l’autre par toute une nébuleuse « identitaire ». Certains se félicitent de cette convergence, voire de cette union, entre des laïcards forcenés de gauche et d’extrême gauche et des défenseurs de l’identité française catalogués d’extrême droite. Je crains de ne me reconnaître ni dans les uns ni dans les autres. Riposte laïque est tout aussi anticatholique qu’anti-islam, si ce n’est davantage. Sur la page d’accueil de son site, on ne voit pas une caricature de l’islam, on voit un photomontage montrant Benoît XVI élevant une chope de bière à la place du calice. Quant aux « identitaires » (au sens large), ils font peu de cas de l’identité chrétienne de la France. Et cela se voit quand ils font campagne pour qu’on aille manger du saucisson un vendredi.

Enfin, ou plutôt d’abord, c’est le seul intitulé d’apéro géant qui m’est apparu comme irrecevable. J’ai longuement évoqué dans Daoudal Hebdo ce concept d’apéro géant, qui est la nouvelle forme prétendument « festive » de la décadence chez les jeunes. L’apéro géant consiste non pas à se réunir de façon conviviale autour d’un verre, mais simplement à être le plus nombreux possible en un lieu et en un moment donné pour boire le plus possible d’alcool. C’est le contraire même de la tradition française, y compris de la tradition de l’apéro.

Ce n’est pas avec un ersatz de fête empoisonné par le mépris, voire la haine, du christianisme, et la dernière façon à la mode de « s’éclater », qu’on s’opposera à l’islam.

* Elle est bien installée dans le quartier, comme en témoigne un texte qui vient d’être mis en ligne sur le nouveau site Enquête-Débat mais qui raconte une anecdote d’octobre 2009 :

Les policiers ne sont jamais loin lors de la prière du vendredi. Je croise l’un de leurs véhicules à hauteur de la rue Doudeauville. A l’intérieur, trois agents de la Police nationale. Je leur fais part de mon problème : on m’interdit de circuler et de prendre des photos rue Myrha. Réponse des fonctionnaires de l’État : « Normal, c’est la prière du vendredi, la grande prière. En plus, vous êtes une femme. »