… et le fils aîné : « Il s’indigna, et ne voulait pas entrer. Son père sortit donc, et se mit à le prier. Mais, répondant à son père, il dit: Voilà tant d’années que je te sers, et je n’ai jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour faire bonne chère avec mes amis; mais dès que cet autre fils, qui a dévoré son bien avec des prostituées, est revenu, tu as tué pour lui le veau gras. »
L’amertume ressentie par les hommes de bien à l’égard de Dieu révèle que l’obéissance dont ils font preuve suscite une amertume intérieure qui fait apparaître les limites de cette obéissance: dans leur for intérieur, ils auraient aimé, eux aussi, partir au loin, vers la grande liberté. Ils sont secrètement envieux de ce que l’autre a pu se permettre. Ils n’ont pas parcouru tout ce chemin qui a permis au plus jeune de se purifier et de comprendre ce que signifie la liberté, ce que signifie être fils. En réalité, ils portent leur liberté comme une servitude, sans être parvenus à la maturité de la véritable condition de fils. Eux aussi ont encore besoin de faire du chemin. Ce chemin, ils peuvent le trouver s’ils donnent tout simplement raison à Dieu, s’ils acceptent que sa fête soit aussi la leur. Par cette parabole, le Père nous parle à travers le Christ, à nous qui sommes restés au bercail, afin que, nous aussi, nous nous convertissions vraiment et que nous nous réjouissions de notre foi.
(…)
« Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi », lui dit le père, « et tout ce qui est à moi est à toi» (Le 15, 31). Il lui explique par là la grandeur d’être fils. Ce sont les mêmes mots que ceux par lesguels Jésus, dans sa prière sacerdotale, décrit sa relation au Père: « Tout ce qui est à moi est à toi comme tout ce qui est à toi est à moi» (Jn 17, 10).
Joseph Ratzinger, Jésus de Nazareth.