Close

L’Afrique perdue par la France

Capture d’écran 2023-02-08 à 14.48.27.jpg

Je voyais hier la conférence de presse conjointe de Sergueï Lavrov et Abdoulaye Diop à Bamako. Le ministre malien des Affaires étrangères s’exprime dans un français parfait, montrant une certaine excellence française : il est diplômé de l’Université de Paris XI et de l’Institut international d’administration publique de Paris. Et naturellement les questions des journalistes étaient en français. En face, Sergueï Lavrov, qui est certes toujours parfaitement à l’aise où qu’il se trouve, mais qui s’exprime en russe. Et qui, en pleine guerre d’Ukraine, rappelle qu’il y a déjà eu une première livraison de matériel militaire aérien russe au Mali et qu’une deuxième livraison va arriver. Et aussi des engrais et des céréales. Et les bourses d’études vont être multipliées. Et le ministre malien souligne l’amitié de son pays avec la Russie, et qu’il ne peut pas être question d’approuver quelque sanction que ce soit.

La France de Macron a perdu le Mali, malgré l’évidence des liens quasi organiques entre les deux pays. Ce n’est pas le seul pays d’Afrique. Il en est ainsi un peu partout dans l’ancienne Afrique française. On se souvient du ridicule coup de gueule de Macron au Bénin l’an dernier. Le Bénin célèbre lui aussi son amitié avec la Russie. Et la Russie prépare pour fin juillet un grand sommet Russie-Afrique à Saint-Pétersbourg, et ne cesse d’engranger des invités.

A propos du Bénin, au cours d’une session des Nations Unies qui s’est tenue du 23 janvier au 3 février, les Etats-Unis ont demandé au gouvernement de ce pays qu’il s’engage « à mettre en œuvre le programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement de 1994 », qu’il « s’efforce d’atteindre les cibles des objectifs de développement durable liées à la santé et au genre », et par conséquent qu’il se retire « d’initiatives conjointes contradictoires comme la Déclaration du Consensus de Genève ». Laquelle Déclaration, que l’on doit à Donald Trump et qui est signée par une trentaine de pays, stipule que « tout être humain a le droit inhérent à la vie », qu’« en aucun cas, l’avortement ne doit être promu en tant que méthode de planification familiale », et que « toute mesure ou modification relative à l’avortement ne peut être déterminée qu’au niveau national ou local, conformément au processus législatif national ».

Valerie Huber, fondatrice et présidente de l’Institut pour la santé des femmes, a réagi : « Il est inexcusable d’utiliser l’influence du gouvernement américain pour promouvoir des programmes idéologiques sous le faux prétexte de promouvoir les droits de l’homme. » C’est d’autant plus aberrant que le Bénin a l’une des lois sur l’avortement les plus permissives du continent africain. Mais évidemment, si l’on veut continuer à pousser les pays africains vers la Russie, il n’y a qu’à continuer dans cette voie. D’autant que la Russie est signataire de la Déclaration du Consensus de Genève, que Jobidon a répudiée…