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Chasse aux sorcières

C’est la Scala de Milan qui a ouvert le bal contre Valéry Guerguiev, hier, lui intimant l’ordre de plaider pour une solution pacifique en Ukraine, faute de quoi il ne pourrait pas diriger les représentations de l’opéra La dame de Pique début mars.

Puis c’est le Carnegie Hall de New York qui, ce matin, invoquant ce qui se passe dans le monde (sic), a décommandé Guerguiev pour les trois concerts qu’il devait donner à la tête du Philharmonique de Vienne, le premier étant ce soir même.

Puis c’est la Philharmonie de l’Elbe qui a lancé un ultimatum à Guerguiev, qui doit se prononcer contre Poutine s’il veut diriger l’orchestre. Puis la Philharmonie de Rotterdam. Puis la Philharmonie de Munich, dont Guerguiev est le directeur musical en titre…

Ainsi la musique est-elle aux ordres de la propagande politique. Pas en Russie. En Occident. Valéry Guerguiev, l’un des plus grands chefs d’orchestre de notre temps (comme son actualité le montre assez) est soumis à des ultimatums sous prétexte qu’il est plus ou moins proche de Poutine.

Ah oui. Et on lui reproche notamment, de façon récurrente, de ne pas avoir pris position contre les lois russes interdisant la propagande LGBT…

Valéry Guerguiev est l’homme qui restera en Russie comme celui qui a rétabli le théâtre Mariinsky dans toute sa splendeur. Ce théâtre que Staline avait rebaptisé Kirov était en décadence depuis la révolution bolchevique. En 1977 le jeune Valéry Guerguiev entre au Kirov comme chef d’orchestre stagiaire. Il fait peu à peu la preuve de son génie, et en 1988, quand le chef principal Iouri Temirkanov prend la direction de l’orchestre philharmonique de Leningrad, c’est Guerguiev qui doit logiquement lui succéder. Mais ce n’est pas possible. Pourquoi ? Parce qu’il n’a pas sa carte du parti communiste. Voilà l’homme qui subit aujourd’hui les foudres des bien-pensants. Guerguiev l’homme libre était prêt à sacrifier sa carrière. Mais, par un vote, le personnel du Kirov fit de Guerguiev le chef principal de l’institution. Et Guerguiev s’attela à la refondation du Kirov.

En 1991 est élu maire de Leningrad Anatoly Sobtchak, avec comme premier adjoint un certain Vladimir Poutine. Trois mois plus tard, la ville redevient Saint-Pétersbourg. L’année suivante le Kirov redevient le Mariinsky. Vladimir Poutine va soutenir Valéry Guerguiev dans ses projets de développement du Mariinsky, dont il devient directeur artistique en 1994, puis directeur général en 1998. Une nouvelle salle de concert est inaugurée en 2006, un nouvel opéra en 2013.

Grâce à Guerguiev… et à Poutine, Saint-Pétersbourg est redevenue une des capitales musicales du monde. Au nom de quoi devrait-on obliger le chef d’orchestre Guerguiev à condamner le président Poutine ?

Quelques minutes de musique russe, avec Guerguiev… à la Scala…

La peinture de Viktor Alexandrovich Hartmann qui a inspiré cette musique : Projet pour la porte de la ville à Kiev (Проэктъ городскихъ воротъ въ Кіевѣ):

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