La réforme de la semaine sainte, en 1955, avait déjà « simplifié » drastiquement la cérémonie des Rameaux et en avait profondément modifié la nature. La réforme Bugnini a achevé le massacre.
Elle donne deux oraisons au choix pour la bénédiction des rameaux, dont l’une reprend en partie l’oraison traditionnelle, mais… sans la formule de bénédiction !
La seconde antienne à chanter pendant la distribution des rameaux est supprimée, et la première devient un chant de la procession. (Il n’y a donc plus de chant prévu pour la distribution, qui n’est d’ailleurs pas mentionnée dans les rubriques.)
Sept des huit antiennes de la procession prévues dans le rite de 1955 sont supprimées. Ne reste que la dernière, pour l’entrée dans l’église : « Ingrediente Domino ». A condition qu’il y ait une procession, car les rubriques permettent explicitement qu’il n’y en ait pas. Elles permettent aussi de chanter autre chose que ce qui est indiqué…
A la messe, la Passion change chaque année : saint Matthieu, saint Marc, saint Luc, afin (c’est comme un principe de la « réforme ») que les fidèles n’aient aucun repère, et que la Passion ne puisse pas être chantée. Car en dehors des communautés religieuses il est quasi impossible d’avoir des chantres qui aient à leur répertoire les quatre Passions. Mais de toute façon il n’est plus question de chanter la Passion, et d’ailleurs est prévue une lecture brève…
Cette destruction des repères est aussi la raison de la suppression du « temps de la Passion ». Le dimanche de la Passion (ou premier dimanche de la Passion selon la formulation de 1960) est devenu « 5e dimanche de carême ». De ce fait le chant de la Passion selon saint Matthieu n’a plus lieu au milieu du temps de la Passion. On a néanmoins laissé dans l’office des éléments de la liturgie du temps de la Passion… Peu nombreux, en raison du terrible appauvrissement de l’office divin, mais suffisants pour suggérer que l’orientation liturgique a changé : elle regarde désormais uniquement la Croix et le Crucifié. Pourquoi alors ne plus appeler « temps de la Passion » ce qui est toujours le temps de la Passion ? Et si c’est pour conserver l’unité du carême, pourquoi ne pas appeler le dimanche des Rameaux 6e dimanche de carême ?
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La réforme de 1955 (faut-il rappeler que Pie XII avait nommé Bugnini secrétaire de la Commission pour la réforme liturgique en… 1948 ?) avait profondément modifié la semaine sainte, sous prétexte de remettre les offices à leurs heures normales, et de permettre aux fidèles de les suivre plus facilement. Ce n’est pas ici le lieu d’en discuter. On remarquera seulement que les offices des Ténèbres, qui étaient tellement suivis par les fidèles au temps de la chrétienté, ne pouvaient plus l’être, puisqu’il s’agit des matines du Triduum, et qu’elles n’étaient donc plus célébrées la veille au soir, mais au petit matin. La révolution de 1970 est allée tellement plus loin qu’elle a complètement détruit ces offices. Dans un sens c’est logique, puisque les matines ont été remplacées par un « office des lectures » qui se dit n’importe quand dans la journée. Mais on aurait pu penser que ces jours particuliers auraient quand même bénéficié d’une liturgie particulière. Pas du tout : c’est l’office des lectures habituel…
Les Lamentations de Jérémie ont donc disparu. Quant à la messe du Jeudi Saint, c’est une messe ordinaire. On a même supprimé le saisissant graduel Christus factus est. Il reste la translation du Saint Sacrement… sauf si l’on ne célèbre pas l’office du vendredi saint dans cette église.
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Les deux lectures liminaires de la fonction liturgique du vendredi saint (et leurs répons) ont été changées. Sans doute fallait-il enlever le beau texte d’Osée parce qu’il prophétise la résurrection le troisième jour et que les exégètes actuels rejettent toute interprétation prophétique des prophètes… De même le texte de l’Exode décrivant la Pâque, si extraordinairement suggestif, a été remplacé par un très court passage de l’épître aux Hébreux.
Par miracle on a gardé en ce jour la Passion selon saint Jean.
Dans les oraisons solennelles, devenues « prière universelle », la prière « pour les hérétiques et les schismatiques » est devenue un vœu « pour l’unité des chrétiens »… La prière pour le peuple juif demande qu’il « mérite de parvenir à la plénitude de la rédemption », sans mention d’une éventuelle reconnaissance que la rédemption passe par le Christ… Quant aux païens, devenus « ceux qui ne croient pas en Dieu », ils devraient parvenir à Dieu par la recherche de ce qui est droit…
A l’adoration de la Croix, pour ne pas perdre de temps on peut l’apporter déjà découverte…
On a gardé le reste (du moins dans l’original latin…), sauf les antiennes chantées pendant que le prêtre va chercher le ciboire, et deux des trois oraisons finales (ajoutant, à celle qui demeure, la perspective de la résurrection, qui ne s’imposait pas du tout à ce moment liturgique).
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A la veillée pascale, l’Exsultet est écourté et émondé. On a supprimé toute la fin à partir de « Precamur ergo te Domine », on a supprimé la nuit bienheureuse « qui a dépouillé les Egyptiens, enrichi les Hébreux » (comme on ne comprend plus le symbolisme on a trouvé ça immoral, je suppose…), et l’on a remplacé « incensi » par « laudis ». Cette substitution est typique du dernier état d’incompréhension des textes liturgiques. Pendant longtemps on avait cru que dans l’expression « incensi hujus sacrificium vespertinum » incensi voulait dire encens : le sacrifice vespéral de cet encens. Parce que dans le Temple, au « sacrifice du soir » (d’un agneau) on brûlait par ailleurs de l’encens sur l’autel ad hoc. Mais nulle part on ne parle d’« incensi sacrificium ». Et pour que le démonstratif hujus (« cet encens ») corresponde à quelque chose, c’est à ce moment-là qu’on enfonçait dans le cierge les cinq grains d’encens bénis auparavant. La réforme de 1955 fut sur ce point judicieuse, renvoyant le rite des grains d’encens au début de la cérémonie, parce que incensum ne désigne pas ici l’encens, mais les cierges : c’est au début du développement sur la symbolique des cierges et de la cire. Le sens est celui de l’Hymnus ad incensum lucernae de Prudence : hymne pour l’allumage des lampes, au début des vêpres. On aurait pu croire l’affaire résolue. Mais non. Les experts de la « réforme liturgique » ont remplacé incensi par laudis… « Le sacrifice de cette louange ». Comme si on avait décidé qu’on ne comprenait pas et qu’on ne voulait pas comprendre que incensum veut dire ici « ce que l’on allume ». Et la phrase perd le sens précis qu’elle avait dans le développement, et que Pie XII avait retrouvé.
Naturellement il est question ici de l’Exsultet en latin, qui a quasiment disparu au profit de « traductions » qui elles-mêmes disparaissent face à un cantique qui s’inspire de l’Exsultet…
Les experts ont décidé qu’il devait y avoir sept lectures au cours de la vigile pascale. Ajoutant que… deux seulement sont obligatoires, l’une d’entre elles étant celle de l’Exode. En bref il y a donc deux lectures, et le récit de la Création, qui est fondamental, a toutes chances de disparaître puisque c’est le plus long et que le clergé et les équipes d’animation liturgique vont presque systématiquement au plus court. Dans le meilleur des cas ils se servent de cette possibilité pour « varier » les lectures d’une année à l’autre, ce qui est contraire au sens même de la liturgie.
Et on a décidé de casser le rythme de la messe de la Vigile en transférant les litanies et le rite baptismal après l’Evangile…