La messe de saint Augustin est celle du commun des docteurs de l’Eglise avec un alléluia propre : Inveni David servum meum, qu’on trouvait aussi à la messe de saint Silvestre Ier avant que Pie XII invente un commun des papes, et qui a été repris dans la messe de saint Basile. Le cardinal Schuster indique que « dans les Sacramentaires du bas moyen âge » on trouve une préface propre. Elle se trouve en effet dans le « supplément d’Aniane » du sacramentaire grégorien, qui date d’autour de 800, qu’on l’attribue à saint Benoît d’Aniane comme le veut la tradition, ou à Alcuin comme certains le pensent :
…aeterne Deus. Qui beatum Augustinum confessorem tuum, et scientiae documentis replesti, et virtutum ornamentis ditasti ; quem ita multimodo genere pietatis imbuisti, ut ipse Tibi et ara, et sacrificium, et sacerdos esset et templum. Per…
… Dieu éternel. Toi qui as rempli le bienheureux Augustin ton confesseur des enseignements de la science et enrichi des ornements des vertus ; que tu as ainsi imprégné de tout genre de piété, afin qu’il te soit autel et sacrifice et prêtre et temple. Par le Christ…
Cette traduction littérale est de mon chef. Je ne doute pas qu’on puisse l’améliorer grandement pour qu’elle soit digne du texte latin qui est superbe. Il va de soi que le mot « science » ici a le même sens que le grec « gnose » : il s’agit de la science des choses divines. Ce travail (oui, le texte est court mais c’est un vrai travail quand on n’est pas doué…) m’a permis de constater qu’il y a une faute dans l’édition française (mais pas dans l’édition originale) de l’œuvre du cardinal Schuster, et qui me posait problème : « tu ipse Tibi », au lieu de « ut ipse Tibi ».
Je remarque que cette préface est aussi celle de la messe de saint Hilaire dans le missel de la cathédrale Saint-Gatien de Tours de la fin du XVe siècle. Or Alcuin fut abbé de Saint-Martin de Tours de 796 à sa mort en 804. Une coïncidence, ou un indice que le « supplément d’Aniane » serait d’Alcuin ?