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Saint Ambroise

Les sacrements de l’Église sont à la fois plus anciens que ceux de la Synagogue et supérieurs à la manne.

Qu’ils soient plus anciens, la lecture de la Genèse qu’on vient de faire nous l’apprend. La Synagogue, en effet, a pris naissance à la Loi de Moïse. Or Abraham est bien antérieur. Il avait vaincu ses ennemis et retrouvé son neveu et il jouissait de sa victoire. Alors Melchisédech vint au-devant de lui et offrit ce qu’Abraham reçut avec respect. Ce n’est pas Abraham qui offrit, mais Melchisédech, qui est présenté sans père ni mère, sans avoir de commencement ni de fin à ses jours, mais semblable au Fils de Dieu, dont Paul dit aux Hébreux qu’il demeure prêtre à jamais. Il est appelé roi de justice, roi de paix.

Ne reconnais-tu pas qui il est ? Un homme peut-il être roi de justice, alors qu’il est à peine juste ? Peut-il être roi de paix, quand il peut à peine être pacifique ? Il est sans mère selon sa divinité, parce qu’il a été engendré par Dieu le Père, d’une même substance avec le Père. Sans père selon son incarnation, parce qu’il est né d’une vierge. Il n’a ni commencement ni fin, parce qu’il est lui-même le commencement et la fin de tout, le premier et le dernier. Le sacrement que tu as reçu n’est donc pas don d’un homme, mais de Dieu, apporté par celui qui a béni Abraham, le père de la foi, celui dont tu admires la grâce et les actes.

Il est donc prouvé que les sacrements de l’Église sont plus anciens. Apprends maintenant qu’ils sont supérieurs. En vérité il est admirable que Dieu ait fait pleuvoir la manne pour nos pères et qu’ils aient été rassasiés chaque jour du pain du ciel. C’est pourquoi il est dit : « L’homme a mangé le pain des anges. » Pourtant ceux qui ont mangé ce pain au désert sont tous morts. Cette nourriture, au contraire, que tu reçois, ce pain vivant qui est descendu du ciel, fournit le soutien de la vie éternelle, et quiconque le mange ne mourra jamais. C’est le corps du Christ.

Examine maintenant ce qui est supérieur, le pain des anges ou la chair du Christ, qui est certes le corps qui donne la vie. Cette manne-là était du ciel, celle-ci au-dessus du ciel ; celle-là appartenait au ciel, celle-ci au maître du ciel ; celle-là était sujette à la corruption si on la gardait jusqu’au lendemain, celle-ci est étrangère à toute corruption : quiconque en goûte avec respect ne peut éprouver la corruption. Pour ceux-là l’eau coula du rocher, pour toi le sang coule du Christ. L’eau les désaltéra pour un moment, toi le sang te lave à jamais. Le Juif boit et a soif. Toi, une fois que tu auras bu, tu ne pourras plus avoir soif. Cela se passait en figure, ceci en vérité.

Si ce que tu admires n’est que l’ombre, combien grand est ce dont tu admires l’ombre même. Ecoute, c’est l’ombre qui s’est manifestée aux pères : « Ils buvaient, dit-on, du rocher qui suivait ; or le rocher c’était le Christ. Mais en un bon nombre d’entre eux Dieu ne s’est pas complu, car ils furent anéantis au désert. Or cela s’est fait en figure à notre intention. » Tu as compris ce qui vaut mieux, car la lumière est préférable aux ténèbres, la vérité à la figure, le corps du créateur à la manne du ciel.

De mysteriis