Close

+ Pierre Boulez +

Il est toujours amusant de lire les hommages des politiques aux écrivains ou artistes, quand il est patent ou vraisemblable qu’ils n’en connaissent rien. Fleur Pellerin avait donné un exemple spectaculaire en saluant le prix Nobel de Patrick Modiano, dont elle n’a jamais lu une ligne.

Pour Pierre Boulez, on se passera de l’« Hommage de Fleur Pellerin », anonyme résumé de Wikipedia laborieusement réalisé par un nègre de son ministère. On préférera le tweet de Manuel Valls et le communiqué de François Hollande qui affirment, l’un que Pierre Boulez « a fait rayonner partout dans le monde » la musique française, l’autre que Pierre Boulez « a fait briller la musique française dans le monde » (ils ont un nègre unique pour les hommages ?).

C’est complètement idiot. On ne sait même pas si l’on parle de ses œuvres ou de sa direction d’orchestre. Si l’on parle de ses œuvres, elles ne sont pas spécifiquement françaises puisqu’elles sont par principe sans racines, et elles sont très rarement interprétées, parce qu’elles n’ont jamais intéressé qu’une élite intello et qu’elles n’intéressent plus personne, aujourd’hui que sa génération s’en va. Si l’on parle de sa direction d’orchestre, elle n’a pas fait briller la musique française davantage que beaucoup d’autres chefs d’orchestre, et la musique française ne se limite pas à quelques pages orchestrales de Debussy et Ravel.

En outre Pierre Boulez haïssait la France, il vivait depuis plus d’un demi-siècle en Allemagne. Il fut l’un des principaux responsables de la dictature qui a sévi dans la musique en France pendant plusieurs décennies (impossible pour un compositeur d’être interprété par une phalange prestigieuse si l’on ne faisait pas partie du cénacle post-sériel), mais il aurait voulu être le dictateur absolu et comme on le lui refusa il s’exila…

Boulez compositeur est mon pire souvenir de concert. C’était après 5e concerto pour piano de Beethoven, sublimement interprété par Arrau, une œuvre de Boulez, dont je ne sais plus le titre, mais qui était constituée d’infernales stridences de cuivres. Véritablement insupportable quand on est fatigué après une longue journée de travail. Ce dont se moquent ces gens-là.

Boulez chef d’orchestre, je l’ai vu deux fois en répétition. Une fois pour Pelléas et Mélisande, toute une après-midi, et j’ai fini par m’endormir, tant il ne se passait rien. L’autre fois c’était pour des œuvres de Messiaen, et finalement c’est Messiaen lui-même qui expliqua ce qu’il voulait…