Ce matin, en prenant une route qui tourne énormément et qui débouche sur une portion refaite en voie express, je repensais à cet extrait de l’« encyclique » de François :
Chaque année, disparaissent des milliers d’espèces végétales et animales que nous ne pourrons plus connaître, que nos enfants ne pourront pas voir, perdues pour toujours. L’immense majorité disparaît pour des raisons qui tiennent à une action humaine. À cause de nous, des milliers d’espèces ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence et ne pourront plus nous communiquer leur propre message. Nous n’en avons pas le droit.
Je suppose que « l’immense majorité » est là pour exonérer l’homme de la disparition des dinosaures… Mais cette affirmation (qui vient tout droit des extrémistes pour lesquels l’homme n’est qu’un fléau pour la mère Terre) montre que, sur ce point comme sur d’autres, on est passé de la défense de la nature à une idéologie délirante. En l’occurrence, pour en revenir à ma route qui tourne, on est passé de la défense de la diversité biologique à une idéologie insensée.
Car s’il est interdit de rectifier cette route, c’est parce que sur le bord poussent des asphodèles, et que les asphodèles – ceux-là, en tout cas – sont protégés. Quand j’ai entendu cela, je ne l’ai d’abord pas cru. Parce que les asphodèles sont l’une des pires mauvaises herbes de la région. Ils ne servent à rien d’autre qu’à pourrir la vie des paysans. En breton c’est « milad », et l’on n’a jamais prononcé ce mot qu’en le chargeant de mépris.
Je suppose que pendant les plus de 30 ans pendant lesquels j’ai quitté la Bretagne les paysans sont plus ou moins venus à bout du « milad », au point de l’éradiquer de leurs champs. Et donc l’asphodèle est devenu rare, et donc il est interdit de toucher aux endroits où il pousse encore. Pour rien. Juste pour empêcher qu’une route soit moins tordue. Et, comme catholique, je serais censé me ranger à cette idéologie ? Je serais censé considérer que ma foi impose de protéger le « milad » ?
Sans blague…