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Notules sur un concile (18) « Gaudium et spes » (3)

La deuxième partie de Gaudium et spes est intitulée De quelques problèmes plus urgents. Non seulement plus urgents, mais « qui affectent au plus haut point le genre humain ». Ils sont ainsi énumérés : « le mariage et la famille, la culture, la vie économico-sociale, la vie politique, la solidarité des peuples et la paix ».

Bien qu’ils « affectent au plus haut point le genre humain », on se souvient que selon la note ajoutée au titre même de la constitution, l’examen de ces problèmes comporte « des éléments contingents » et l’on doit tenir compte « des circonstances mouvantes qui, par nature, sont inséparables des thèmes développés ».

C’est en ayant à l’esprit cette mise en garde qu’on commence à lire la deuxième partie. Or, surprise, cela commence par un long exposé sur le mariage et la famille, dont l’urgence apparaît encore beaucoup plus manifeste aujourd’hui qu’à l’époque, mais où l’on cherche en vain des éléments contingents dépendant de circonstances mouvantes…

C’est un très bon exposé, nourri de l’encyclique Casti connubii de Pie XI qui était alors la référence en la matière (il faudrait aujourd’hui y ajouter quelques textes de Jean-Paul II), et de l’enseignement de saint Paul (qui relie directement l’enseignement sur la famille à l’enseignement de Lumen gentium sur l’Eglise). La revendication d’un prétendu « mariage » homosexuel, qui n’est pas évoquée (puisqu’elle n’existait pas) apparaît radicalement impossible, ne serait-ce que par l’atmosphère de fécondité, naturelle et spirituelle, qui baigne tout l’exposé.

Mais le texte n’échappe pas à l’« optimisme naïf du concile ». Cela commence en effet par l’affirmation que les chrétiens « se réjouissent sincèrement des soutiens divers qui font grandir aujourd’hui parmi les hommes l’estime de cette communauté d’amour et le respect de la vie, et qui aident les époux et les parents dans leur éminente mission ». Ah bon. Il fallait vraiment que les évêques chaussassent des lunettes très roses pour affirmer cela en 1965… Mais il faut croire que les évêques français en étaient vraiment persuadés (par la magie des allocations familiales, sans doute)… Et c’est pourquoi ils ne virent pas passer la loi sur la contraception (deux ans après), puis la loi sur le divorce par consentement mutuel, puis la loi sur l’avortement…

Cela dit, juste après, selon l’étonnant balancement conciliaire, on se plaint que « l’éclat » du mariage soit « terni par la polygamie, l’épidémie du divorce, l’amour soi-disant libre, ou d’autres déformations ». Mais le même paragraphe se conclut sur une phrase peu claire mais qui est censée montrer « la vigueur et la solidité de l’institution matrimoniale et familiale »…

C’est dans ce texte que se trouve l’expression devenue célèbre qualifiant l’avortement de « crime abominable ». Le texte dit exactement : « L’avortement et l’infanticide sont des crimes abominables. » Cette formulation a quelque chose de prophétique, car on voit aujourd’hui chez nous une dépénalisation de fait de l’infanticide, sous le nom de « néonaticide », et sous le prétexte d’un prétendu « déni de grossesse » (on en est même au « déni d’accouchement »).

On remarquera que le mot latin traduit par « abominable » est « nefanda ». Ce mot veut dire en effet « abominable », mais avec une nuance religieuse, d’impiété, de blasphème. Avorter, c’est se dresser contre Dieu, auteur de la vie.

En ce qui concerne la contraception, Gaudium et spes est beaucoup moins clair… Le texte dit qu’il « n’est pas permis aux enfants de l’Église d’emprunter des voies que le Magistère, dans l’explication de la loi divine, désapprouve ».

C’est-à-dire ? Eh bien on verra plus tard… Le texte renvoie à une note qui dit ceci : « Par ordre du Souverain Pontife, certaines questions qui supposent d’autres recherches plus approfondies ont été confiées à une Commission pour les problèmes de la population, de la famille et de la natalité pour que, son rôle achevé, le Pape puisse se prononcer. L’enseignement du Magistère demeurant ainsi ce qu’il est, le Concile n’entend pas proposer immédiatement de solutions concrètes. »

Cette note laisse paraître sans fard la bagarre qui fait rage au sein de la curie et du collège épiscopal sur ce sujet, et qui se poursuivra jusqu’à ce que Paul VI tranche en publiant l’encyclique Humanæ vitæ trois ans plus tard. Encyclique qui sera elle-même reçue avec des sentiments divers… ou pas reçue du tout, voire rejetée par de nombreux théologiens. Alors qu’on voit aujourd’hui à quel point elle était prophétique : il suffit de constater que les conséquences de la contraception chimique annoncées par le pape sont sous nos yeux.

Ainsi donc, Gaudium et spes, qui avait son mot à dire sur tous les aspects du monde moderne, et particulièrement ceux qui « affectent au plus haut point le genre humain », n’avait rien à dire sur « la pilule », qui était pourtant un sujet majeur dans le monde développé…