Close

Mardi de la quatrième semaine de l’Avent

Les antiennes du jour :

Rorate cæli désuper, et nubes pluant iustum: aperiatur terra, et gérminet Salvatórem. (Isaïe 45,6)

Cieux, versez votre rosée d’en haut, et que les nuées pleuvent un juste : que la terre s’ouvre et qu’elle germe un Sauveur.

Emítte Agnum, Dómine Dominatorem terræ, de Petra desérti, ad montem fíliæ Sion. (Isaïe 16,1)

Envoyez, Seigneur, l’Agneau Dominateur de la terre, de la Pierre du désert à la montagne de la fille de Sion.

Ut cognoscámus, Dómine, in terra viam tuam, in ómnibus géntibus salutáre tuum. (Psaume 66,2)

Afin que nous connaissions, Seigneur, sur la terre votre voie, et votre salut dans toutes les Nations.

Da mercédem, Dómine, sustinentibus te, ut prophétæ tui fidéles inveniántur. (Ecclésiastique 36,18)

Récompensez, Seigneur, ceux qui vous ont attendu patiemment, afin que vos Prophètes soient trouvés fidèles.

Lex per Móysen data est, grátia et véritas per Iesum Christum facta est. (Jean 1,17)

La loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. 

Antienne O du Magnificat

O clavis David, et sceptrum domus Israël ; qui áperis, et nemo claudit ; claudis, et nemo áperit : veni, et educ vinctum de domo cárceris, sedéntem in ténebris, et umbra mortis.

O Clef de David, et sceptre de la maison d’Israël ; qui ouvrez, et nul ne peut fermer ; qui fermez, et nul ne peut ouvrir : venez, et tirez de la prison le captif qui est assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort.

*

O Clavis David, de Paweł Łukaszewski, par le Chœur du Trinity College, direction Stephen Layton (CD Hyperion).
podcast

Enregistrer

Si bémol

Je voudrais juste signaler, pour ceux que cela intéresse, dans le dernier numéro d’Una Voce, le très remarquable article de Dominique Crochu (de Gregofacsimil et du Réseau de musicologie médiévale de Dominique Gatté, qui met en ligne de nombreux enregistrements) sur la question du si bémol dans le plain chant.

C’est la mode depuis un certain temps de supprimer les si bémol (d’en faire des si bécarre), une mode qui un temps a même atteint Solesmes.

Dominique Crochu démontre dans ce premier article que nombre de si bémol sont parfaitement authentiques. Il le fait à partir du développement des cellules mélodiques, et des mélodies analogues notées un ton plus haut (si-do prouve le la-si bémol).

Il montre aussi que ce n’est pas parce que le bémol n’est pas indiqué sur un manuscrit qu’il n’était pas chanté. Et c’est un principe que tout historien devrait garder à l’esprit: ce n’est pas parce que ce n’est pas écrit que ça n’a pas existé.

La fausse Europe et la vraie

L’Union européenne a prolongé aujourd’hui pour une nouvelle période de six mois, jusqu’au 31 juillet 2017, ses sanctions économiques prises en 2014 contre la Russie dans le cadre du conflit ukrainien.

Dans le même temps, le FPÖ signait à Moscou un accord de coopération avec le parti Russie Unie de Vladimir Poutine. La délégation autrichienne était composée de HC Strache et Norbert Hofer, du porte-parole pour la politique étrangère Johannes Hübner, du chef des députés européens Harald Vilimsky, des maires adjoints de Vienne et de Linz, et du député David Lasar. Elle a été reçue par le secrétaire adjoint de Russie Unie Sergueï Jelezniak (également vice-président du Conseil de la Fédération, la chambre haute), le vice-président de la Douma Petr Tolstoï ainsi que d’autres députés et responsables politiques.

Sergueï Jelezniak a salué le score obtenu à la présidentielle autrichienne par Norbert Hofer et a déclaré que l’Union européenne doit retrouver le chemin de l’autodétermination de ses Etats : « Si les hommes politiques français font de la politique pour les Français, et les Autrichiens pour les Autrichiens, cela c’est de la bonne politique. » (On remarquera la référence inattendue à la France.)

HC Strache a souligné qu’une alliance entre la Russie et les Etats-Unis était particulièrement importante « pour parvenir à une solution diplomatique des conflits tant en Syrie qu’en Crimée », et il a réaffirmé son hostilité aux sanctions contre la Russie, qui sont « nuisibles pour l’économie et inutiles ».

Le FPÖ rappelle qu’une délégation du parti conduite par HC Strache a récemment rencontré à la Trump Tower Michael Flynn, le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, et d’autres hauts responsables américains.

He Came Down

Ce serait bien que quelqu’un mette des sous-titres en français. Encore qu’il ne soit pas besoin d’être professeur d’anglais pour comprendre. La mère dit grosso modo qu’elle a vécu la naissance de sa fille mongolienne comme un désastre et une injustice, dans une grande peine. Mais qu’elle a fini par comprendre que ce qui n’allait pas ce n’était pas sa fille, c’était sa façon de penser. Car « Dieu est avec nous, il a souffert avec nous, et il nous a donné la plus belle petite fille du monde, et je n’ai pas de raison d’avoir de la peine. »

On notera le jeu de mot sur « down » (souligné à la fin par un cantique de Noël dont le titre et le début est « He came down » : Jésus est « descendu » jusqu’à nous, et « Down syndrome », nom anglais de la trisomie 21 (décrite par le Dr John Langdon Down).

Lundi de la quatrième semaine de l’Avent

Répons des matines :

℟. Canite tuba in Sion, vocate Gentes, annuntiate populis, et dicite:
* Ecce Deus Salvator noster adveniet.
℣. Annuntiate, et auditum facite: loquimini, et clamate.
℟. Ecce Deus Salvator noster adveniet.

Sonnez de la trompette en Sion, appelez les Nations, annoncez et dites aux peuples : Voici que notre Dieu, notre Sauveur viendra. Annoncez et faites entendre ; parlez et criez. Voici que notre Dieu, notre Sauveur viendra.

Antienne O du Magnificat

O radix Jesse, qui stas in signum populórum, super quem continébunt reges os suum, quem Gentes deprecabúntur : veni ad liberándum nos, jam noli tardáre.

O Racine de Jessé, qui êtes comme l’étendard des peuples, devant qui les rois fermeront leur bouche, et dont les Nations imploreront le secours : venez nous délivrer, maintenant ne tardez plus.

*

O Radix Jesse, de Paweł Łukaszewski, par le Chœur du Trinity College, direction Stephen Layton (CD Hyperion).
podcast

4e dimanche de l’Avent

Les trois grands protagonistes de l’Avent sont réunis en ce dernier dimanche avant la Nativité. Isaïe aux matines, et à l’introït de la messe : il ouvre le chemin. Saint Jean Baptiste à l’évangile. Et la Mère de Dieu à l’ouverture du sacrifice eucharistique, et pour la communion au corps de son Fils.

Voici l’antienne d’offertoire par les moines de Triors: Ave Maria… C’est l’offertoire des fêtes de la Sainte Vierge.

*

Aux laudes, l’antienne de Benedictus est également Ave Maria. Au Magnificat, c’est O Adonai.

O Adonái, et Dux domus Israël, qui Móysi in igne flammæ rubi apparuísti, et ei in Sina legem dedísti : veni ad rediméndum nos in bráchio exténto.

O Adonaï, et Conducteur de la maison d’Israël, qui avez apparu à Moïse dans le feu du buisson ardent, et lui avez donné la loi sur le Sinaï : venez pour nous racheter par la puissance de votre bras.

 

*

O Adonai, de Paweł Łukaszewski, par le Chœur du Trinity College, direction Stephen Layton (CD Hyperion).

podcast

Enregistrer

La Chine communiste et saint François Xavier

Surprise : dans la liste des 30 sites que les autorités de Chine communiste présenteront en 2018 pour être classés au Patrimoine mondial de l’Unesco figure l’église bâtie à l’endroit où est mort saint François Xavier, sur l’île de Sancian.

Or l’église en elle-même n’a aucun intérêt. Elle a été bâtie en… 1986 sur le modèle de la modeste chapelle érigée sur les lieux en 1869 par Mgr Philippe Guillemin, le préfet apostolique du Guangdong et du Guangxi.

Il s’agit typiquement d’un monument d’une des pires religions selon les autorités : une religion importée dont les clercs sont aux ordres d’un Etat étranger…

Mais cela peut attirer des touristes et leurs devises…

(Eglises d’Asie, 1, 2)

Prochaine étape : la « communion » des protestants

Le cardinal Kasper a été le grand inspirateur du laborieux processus qui a conduit à légitimer la communion des adultères. Maintenant que c’est fait, le cardinal Kasper passe à l’étape suivante : permettre aux protestants de « communier » dans les églises catholiques. Toujours au cas par cas et en usant de discernement, selon le refrain à la mode. Car il n’est pas question de toucher à la doctrine, comme dit aussi le refrain. (On pense d’ailleurs à canoniser l’inventeur de la naphtaline.)

Donc le cardinal Kasper, le 10 décembre dernier, s’est exprimé dans les colonnes de l’Avvenire au sujet des « progrès » à venir dans le domaine de l’« intercommunion ». « J’espère que la prochaine déclaration ouvrira la voie à la communion eucharistique partagée dans des cas particuliers », dit-il.

Or, ce qui est vraiment providentiel, c’est que le document existe déjà : « Personnellement, j’espère que nous pourrons utiliser un texte non officiel, préparé par une commission de la conférence des évêques américains sur ce sujet. »

L’idée est tout simplement d’appliquer le principe édicté pour les divorcés vivant en concubinage. Ce seront des « exceptions » (au début) :il s’agit d’admettre les luthériens à la communion catholique (même s’ils n’y croient pas, qu’importe le sacrilège) quand le conjoint est catholique :

« La prochaine déclaration ouvrira le partage eucharistique dans des situations particulières, spécialement dans les mariages et familles mixtes et dans des pays comme l’Allemagne ou les Etats-Unis où ce problème pastoral est extrêmement urgent. »

On se souvient que, de fait, François a préparé le terrain dès novembre 2015. Sans oublier que des protestants finlandais qui venaient d’être reçus par le pape ont « communié » à Saint-Pierre de Rome en janvier 2016 (le prêtre fut ensuite mollement désavoué).

Non, Jean-Baptiste n’a pas douté

Certes, il est beaucoup moins grave d’affirmer que saint Jean-Baptiste a douté de Jésus, que de laisser entendre que la Mère de Dieu doutait de son Fils. Toutefois ce n’est ni digne ni cohérent. Lorsque saint Jean-Baptiste en prison envoie des disciples à Jésus, c’est pour que les disciples comprennent de visu que Jésus est vraiment le Messie que Jean annonçait, malgré ce qu’on leur raconte (par exemple : si ses disciples ne jeûnent pas, alors que nous jeûnons, c’est qu’il ne doit pas être le Messie.)

Voici ce qu’en disent saint Jérôme, saint Jean Chrysostome, saint Hilaire, et l’ample mise en scène oratoire qu’en fait Bossuet. J’ai la faiblesse de croire qu’ils ont autant d’autorité en la matière (euphémisme) que l’ancien archevêque de Buenos Aires.

Saint Jérôme :

Ce n’est point par ignorance qu’il interroge, mais de la même manière que le Sauveur demandait en quel endroit le corps de Lazare avait été déposé, afin de préparer ainsi à la foi ceux qui lui indiquaient le lieu de sa sépulture, et de les rendre témoins de la résurrection d’un mort. C’est ainsi que Jean-Baptiste, sur le point d’être mis à mort par Hérode, envoie ses disciples à Jésus-Christ, pour qu’ils aient occasion de voir ses miracles et ses prodiges, et qu’ils puissent croire en lui, et s’instruire eux-mêmes en l’interrogeant au nom de leur maître.

Saint Jean Chrysostome :

Tant que Jean-Baptiste était avec eux, il leur parlait sans cesse du Christ, c’est-à-dire qu’il leur recommandait de croire en lui ; mais sentant sa mort prochaine, il redouble de zèle, car il craint de laisser dans ses disciples un levain de dangereuse erreur, et il redoute qu’ils ne demeurent éloignés de Jésus-Christ, à l’école duquel il a voulu les renvoyer tous dès le commencement. S’il leur avait dit : Allez à lui, parce qu’il est bien au-dessus de moi, il ne les aurait pas persuadés ; ils auraient cru qu’il parlait ainsi par un profond sentiment d’humilité, et ils lui seraient restés plus attachés qu’auparavant. Que fait-il donc ? Il attend que ses disciples viennent lui rapporter eux-mêmes que le Christ fait des miracles ; et parmi eux tous il n’en envoie que deux qu’il regardait peut-être comme plus faciles à être convaincus. Il les envoie afin que sa demande ne prête à aucun soupçon et qu’ils apprennent par les faits eux-mêmes la distance qui les sépare de Jésus-Christ. Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui connaissait la pensée de Jean, ne dit pas  » C’est moi ;  » car cette réponse aurait indisposé ceux qui l’entendaient ; ils auraient pu penser, quand ils ne l’auraient pas dit, ce que les Juifs lui objectèrent plus tard :  » Vous vous rendez donc témoignage à vous-même ?  » Il veut donc les instruire à l’école de ses miracles, pour donner ainsi à sa doctrine une autorité plus éclatante et plus irrécusable ; car le témoignage des oeuvres est plus digne de foi que le témoignage des paroles. Il guérit donc sous leurs yeux des aveugles, des boiteux, et beaucoup d’autres malades, non pour l’enseignement de Jean-Baptiste, qui n’en avait pas besoin, mais pour l’instruction de ses disciples qui étaient dans le doute.

Saint Hilaire :

Il est certain que l’erreur ne s’est point mêlée à cette connaissance parfaite qu’avait saint Jean, lui qui avait annoncé comme précurseur la venue du Messie, qui comme prophète le reconnut au milieu de la foule, et comme confesseur, rendit hommage au Sauveur qui venait à lui. On ne peut admettre que la grâce de l’Esprit saint lui ait fait défaut dans la prison, alors que plus tard l’apôtre devait répandre la lumière de sa puissance sur ceux qui partageaient ses fers. Jean-Baptiste n’agit donc pas ici pour éclairer son ignorance, mais pour dissiper celle de ses disciples ; il les envoie considérer les œuvres de Jésus afin de leur apprendre qu’il n’en a point annoncé un autre que lui, que ses prodiges donnent une nouvelle autorité à ses paroles, et qu’ils n’attendent pas un autre Christ que celui qui avait pour lui le témoignage des œuvres.

Bossuet :

Si vous voyez aujourd’hui que saint Jean-Baptiste envoie ses disciples à notre Sauveur pour lui demander quel il est, ne vous persuadez pas pour cela que l’Elie du Nouveau Testament et le grand précurseur du Messie ait ignoré le Seigneur auquel il venait préparer les voies. Je sais qu’il y a eu quelques personnes très doctes, et entre autres le grave Tertullien, qui ont cru que dans le temps que saint Jean-Baptiste fit faire cette question au Sauveur, la lumière prophétique qui l’avait jusqu’alors éclairé avait été éteinte en son âme; mais je ne craindrai point de vous dire, avec le respect que je dois aux auteurs de ce sentiment, qu’il n’y a aucune vraisemblance dans cette pensée. « Abraham a vu le jour de Notre Seigneur ; Isaïe a vu sa gloire et nous eu a parlé », nous dit l’Evangéliste saint Jean ; tous les prophètes l’ont connu en esprit ; et le plus grand des prophètes l’aura ignoré ! Celui qui a été envoyé pour rendre témoignage de la lumière, aura été lui-même dans les ténèbres ! Et après avoir tant de fois désigné au peuple cet Agneau de Dieu qui purge les péchés du monde, après avoir vu le Saint-Esprit descendre sur lui lorsqu’il voulut être baptisé de sa main, tout d’un coup il aura oublié ce qu’il a fait connaître à tant de personnes ? Vous voyez bien, Fidèles, que cela n’a aucune apparence.

Mais pourquoi donc, direz-vous, pourquoi lui envoyer ses disciples pour s’informer de lui s’il est vrai qu’il soit le Messie ? Qui interroge, il cherche ; qui cherche, il ignore. S’il connaissait quel était Jésus-Christ, quelle raison peut-il avoir de le lui faire demander ? Ne craignait-il pas que son doute ébranlât la foi de plusieurs et diminuât beaucoup de l’autorité du témoignage certain qu’il a si souvent rendu au Sauveur? — C’est tout ce qu’on nous peut opposer. Mais cette objection ne m’étonne pas ; au contraire, ce qu’on m’oppose, je veux le tirer à mon avantage. Je dis qu’il interroge parce qu’il sait ; il demande au Sauveur Jésus quel il est, parce qu’il connaît très bien quel il est. Comment cela, direz-vous? — C’est ici, chrétiens, la vraie explication de notre évangile et le fondement nécessaire de tout ce discours. Saint Jean, qui connaissait le Sauveur qu’il avait prêché tant de fois, savait bien qu’il n’appartenait qu’à lui seul de dire quel il était et de se manifester aux hommes, desquels il venait être le précepteur. C’est pourquoi il lui envoie ses disciples, afin qu’ils soient instruits par lui-même touchant sa venue, que lui seul était capable de nous déclarer. Ainsi n’appréhendez pas, chrétiens, qu’il détruise le témoignage qu’il a donné de Notre Seigneur ; car lui faisant demander à lui-même ce qu’il faut croire de sa personne, il fait bien voir qu’il reconnaît en lui une autorité infaillible et qu’il ne lui envoie ses disciples que pour être formés de sa main et enseignés de sa propre bouche. Ne pouvant plus annoncer sa venue aux hommes, parce qu’il était retenu aux prisons d’Hérode, il prie Notre Seigneur de se faire connaître lui-même ; et lui faisant faire cette ambassade en présence de tout le peuple, il a dessein de tirer de lui quelque instruction mémorable pour les spectateurs, qui s’imaginaient le Messie tout autre qu’il ne devait être.

En effet, il ne fut point trompé. Jésus, qui connaissait sa pensée et qui voulait récompenser son humilité, fait voir à ses disciples les effets de sa puissance infinie. Il guérit devant eux tous les malades qui se présentèrent; il leur découvre son cœur; il leur donne des avis importants pour connaître parfaitement le secret de Dieu et détruire une fausse idée du Messie qui avait préoccupé les Juifs trop charnels ; et sachant que son bien-aimé précurseur ne pouvait avoir de plus grande joie que d’apprendre la gloire de son bon maître, il commande aux envoyés de saint Jean de lui en rapporter les nouvelles, lui voulant donner cette consolation dans une captivité qu’il souffrait pour l’amour de lui. « Allez-vous-en, dit-il, rapporter à Jean » les merveilles que vous avez vues » ; dites-lui que les sourds entendent, que les aveugles reçoivent la vue, que la vie est rendue aux morts, que l’Évangile est annoncé aux pauvres, et qu’heureux est celui qui n’est point scandalisé en moi. Comme s’il eût dit : Les Juifs, trompés par l’écorce de la lettre et par les sentiments de la chair, attendent le Messie comme un puissant roi qui, se mettant à la tête de grandes armées, subjuguera tous leurs ennemis et qui se fera reconnaître par l’éclat d’une pompe mondaine et par une magnificence royale. Mais Jean, instruit des secrets de Dieu, sait qu’il doit être manifesté par des marques bien plus augustes, encore que selon le monde elles aient beaucoup moins d’apparent. Allez-vous-en donc, et lui racontez les guérisons admirables que vous avez vues de vos propres yeux. Dites-lui que l’auteur de tant de miracles ne dédaigne pas de converser parmi les pauvres; au contraire, qu’il les assemble près de sa personne pour les entretenir familièrement des mystères du royaume de Dieu et des vérités éternelles; et toutefois que nonobstant et le pouvoir par lequel je fais de si grandes choses, et l’incroyable douceur par laquelle je condescends à l’infirmité des plus pauvres et des plus abjects, bienheureux est celui à qui je ne donne point de scandale. Dites ceci à Jean ; à ces marques il connaîtra bien qui je suis.

Tel est le sens de tout ce discours, très court en apparence et très simple, mais plein d’un si grand sens et de tant de remarques illustres tirées des prophéties anciennes qui parlent de la grandeur du Messie, que toute l’éloquence humaine ne suffirait pas à vous en étaler les richesses.